Kathleen Wynne, première première ministre ouvertement LGBT élue au Canada

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À l’issu des élections provinciales tenues le 12 juin, la première ministre désignée de l’Ontario, la libérale Kathleen Wynne, vient de briser un nouveau plafond de verre en devenant la première première ministre ouvertement LGBT à être élue par la population au Canada et l’une des rares dans le monde. Elle a aussi déjoué tous les sondages et a été  élue avec une majorité à la tête d’un gouvernement libéral.

Tout un soulagement à la veille de la WorldPride de Toronto où la ville, la province et le pays auraient pu être représentés par des élus homophobes… ce qui aurait été assez gênant pour le pays hôte.

À la tête d’un gouvernement minoritaire hérité de l’élection de 2011 où son prédécesseur Dalton McGuinty n’avait pu obtenir une majorité pour un troisième mandat, Mme Wynne a obtenu un mandat majoritaire de la population de l’Ontario  avec 58 sièges détenus par son parti sur les 107 que compte l’Assemblée législative après avoir été nommée cheffe du Parti libéral lors de la course à la succession de Dalton McGuinty au début de 2013. Elle devenait alors la première femme à occuper le poste de première ministre de l’Ontario et aussi la première personne ouvertement homosexuelle à y accéder. L’élection a été rendu nécessaire suite à la décision du nouveau Parti démocratique de s’opposer tout comme les Conservateurs au budget 2014 qui prévoit un déficit de 12 milliards$.

Les gains des Libéraux ont été réalisés aux dépens surtout des Conservateurs, les Libéraux gagnant 10 sièges alors que les Conservateurs en perdaient autant. Avec 38% des voix exprimées, le Parti libéral a devancé facilement ses adversaires, le Parti Conservateur obtenant seulement 31% des voix et les Néo-démocrates 24% et seulement 5% pour les Verts. On attribue la victoire des Libéraux largement à la personnalité chaleureuse de la première ministre Wynne et à la crainte de l’électorat ontarien de voir revenir les Conservateurs au pouvoir après la triste expérience de la ‘révolution du bon sens’ de Mike Harris. À l’issu du scrutin, le chef conservateur Tim Hudak a annoncé sa démission comme chef de parti.

Au bilan des libéraux, une loi contre l’intimidation à l’école

Dans cette  campagne, les Libéraux se présentaient à l’électorat LGBT avec l’adoption de la loi pour des écoles tolérantes, le projet de loi 13 , adopté en 2012 après le suicide très médiatisé de Jamie Hubley pour combattre l’intimidation à l’école.

Le suicide de Jamie Hubley a bouleversé tout le Canada en 2011

Le suicide de Jamie Hubley a bouleversé tout le Canada en 2011

Cette loi prévoit que ‘tous les élèves devraient se sentir en sécurité à l’école et qu’ils ont droit à un climat scolaire positif qui soit inclusif et où ils se sentent acceptés, sans égard à la race, à l’ascendance, au lieu d’origine, à la couleur, à l’origine ethnique, à la citoyenneté, à la croyance, au sexe, à l’orientation sexuelle, à l’identité sexuelle, à l’expression de l’identité sexuelle, à l’âge, à l’état matrimonial, à l’état familial ou au handicap’ et elle se propose que ‘les élèves doivent être munis des connaissances, compétences, attitudes et valeurs nécessaires pour appréhender le monde et les autres de façon critique, ce qui signifie acquérir une conscience critique qui leur permet d’agir afin de rendre leurs écoles et leurs collectivités plus équitables et inclusives pour tous, y compris les personnes LGBTTBIQ (lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, transsexuelles, bispirituelles, intersexuées, queer et en questionnement)’.
Elle propose aussi ‘une approche globale à l’échelle de l’école est requise et que tous — le gouvernement, les éducateurs, le personnel des écoles, les parents, les élèves et la communauté en son entier — ont un rôle à jouer dans l’instauration d’un climat scolaire positif et dans la prévention de comportements inappropriés tels que l’intimidation, l’agression sexuelle, la violence sexiste et les incidents fondés sur l’homophobie, la transphobie ou la biphobie’.
Lors de l’adoption du projet de loi, le gouvernement a tenu tête aux demandes des autorités religieuses qui souhaitaient que les écoles catholiques (l’Ontario compte toujours des commissions scolaires confessionnelles) puissent interpréter la loi en accord avec leur religion ce qui menaçait l’existence des groupes de lutte à l’homophobie, les Gay-Straight Alliances dans ces écoles.
La première ministre sortante devait toutefois composer avec l’usure du pouvoir, son parti étant au pouvoir depuis onze ans et miné par différents scandales de l’ère McGuinty.
Au moment du déclenchement des élections, les libéraux et les conservateurs étaient nez à nez dans les intentions de vote, les néo-démocrates arrivant troisième.