Robert Bourassa et son homosexualité «présumée»

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Robert BourassaOn apprend ici que dans ses premiers mandats de Premier ministre, Bourassa avait un «assistant personnel» et coiffeur, Bernard Marty, dont il défrayait lui-même le salaire annuel de 13.000$ (toute une somme dans les années 1970 quand un pain se vendait 20 cents !). Avec ses sorties avec son entourage politique masculin dans les discos de Québec, Marty serait là l’origine de cette rumeur.
Si je n’étais pas moi-même père gai (et bientôt grand-père !), je pourrais peut-être gober l’argument de  Brault à propos de l’affection de Bourassa pour son épouse et ses enfants et sa passion pour la politique. Mais je sais très bien qu’on peut aimer son épouse et ses enfants, être passionné par son travail… et être attiré par les hommes sexuellement.

Beaucoup de questions sans réponse

Une fois la question éludée, elle ne revient plus. Il y a pourtant des questions sans réponse : est-ce à cause de cette homosexualité non assumée que la première mouture de la Charte québécoise des droits et libertés (adoptée sous le premier gouvernement Bourassa en 1975) ne parle pas d’orientation sexuelle ? Si Bourassa n’était ni homosexuel, ni bisexuel, il acceptait néanmoins «un tel comportement» de certains ministres proches… lui pourtant si «prudent» ? Est-ce à cela aussi que Trudeau faisait allusion quand il a qualifié Bourassa de «mangeur de hot-dogs» ?
En outre, la théorie selon laquelle le fédéral aurait fait chanter Bourassa sur cette question lors du débat sur Charlottetown où Bourassa s’est «écrasé» pour reprendre les termes de Diane Wilhelmy est-elle fondée ? Le gouvernement Bourassa deuxième mouture n’a-t-il pas cédé aussi à ce chantage l’année suivante quand, après une menace d’outing de personnalités politiques par un leader de la communauté gaie, il a accédé à la demande d’audiences publiques sur la violence et la discrimination envers les gais et lesbiennes en 1993 ?
L’auteur aurait eu intérêt à aller interroger les personnes actives à cette époque dans la communauté gaie à Montréal et à Québec. Elles auraient peut-être pu lui amener un autre éclairage.
Robert Bourassa
Julien Brault
Éditions Les Malins, Montréal, 2010
367 pages