Cannes : Xavier Dolan remporte le Prix du Jury ex-aequo avec Jean-Luc Godard

Par  |  Aucun commentaire

Peut-être un peu de déception, la palme d’or échappe à Xavier Dolan qui doit se contenter du bronze avec le Prix du jury ex-aequo avec Jean-Luc Godard, pour son film Mommy. Très ému tout de même de recevoir ce prix, Xavier Dolan a déclaré dans ses remerciements :

« Je suis désolé je suis très nerveux et ému, donc je vais dire ceci au mieux de ma capacité. L’émotion qui me gagne en contemplant cette salle mythique est bouleversante. Je suis éperdu de gratitude devant la reconnaissance de votre jury, la quantité d’amour aussi qu’on a reçu au cours de la dernière semaine me fait réaliser que c’est vrai : on fait ce métier pour aimer et être aimé en retour. C’est la revanche de nos amours imaginaires. Je vais aller très rapidement. Je voudrais remercier Nancy Grant, ma productrice, Patrick Roy, les Karmitz, les gens chez Diaphana, tout le monde chez E One. 

Quel bonheur de travailler avec vous, de me sentir compris malgré mes défauts et mes doutes. Merci à Thierry Frémaux d’avoir cru en mes films, et surtout d’avoir cru en moi de m’avoir porté de m’avoir confronté, de m’avoir protégé. Merci à Christian Jeune pour son amitié et sa complicité.  Merci à Anne Dorval,
A Suzanne Clément, et Antoine-Olivier Pilon, vous êtes des acteurs, mais surtout des créateurs, je vous admire je vous aime.

Je voudrais remercier ma famille mes amis pour leur écoute leur amour. Je suis sûr que j’oublie tellement d’alliés. 

Je veux profiter de cette tribune pour m’adresser à ma génération et à Jane Campion. En anglais. Le français c’est ma langue première, la plus belle langue au monde pour moi, c’est vrai. Mais je veux que tout le monde m’entende. D’aussi loin que je me souvienne, La leçon de piano est le premier film que j’ai pu voir quand j’ai demandé à ma belle-mère « Quel film puis-je voir ? ». Elle m’a dit La Leçon de piano. 

C’est un film qui a défini ma vie, ma carrière. Peu de films m’ont autant déterminé que La leçon de piano. Et me retrouvez face à vous, sur une scène… Vous avez écrit des rôles pour des femmes magnifiques, avec de la volonté et une âme… Je n’ai pas terminé… 
Des femmes avec une âme, de la volonté et de la force. Pas des victimes, pas des objets. Et je serai très bref. Il me reste quelques noms.

Une note pour les gens de mon âge, les jeunes de ma génération. Ce sont les notes des dernières années dans ce monde de fous. Malgré les gens qui s’attachent à leurs gouts et n’aiment pas ce que vous faites, mais restez fidèles à ce que vous êtes. 

Accrochons nous à nos rêves, car nous pouvons changer le monde par nos rêves, nous pouvons faire rire les gens, les faire pleurer. Nous pouvons changer leurs idées, leurs esprits. Et en changeant leurs esprits nous pouvons changer le monde.

Ce ne sont pas que les hommes politiques et les scientifiques qui peuvent changer le monde, mais aussi les artistes. Ils le font depuis toujours. Il n’y a pas de limite à notre ambition à part celles que nous nous donnons et celles que les autres nous donnent. En bref, je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Et puisse ce prix en être la preuve la plus rayonnante ».

Sélectionné en compétition officielle pour la 67e édition, MOMMY a été présenté en grande première mondiale sur la Croisette le 22 mai. Après avoir présenté avec succès Tom à la ferme à la Mostra de Venise, Xavier Dolan a triomphé à la première mondiale de Mommy au 67e Festival de Cannes. Un des plus gros triomphe à Cannes depuis longtemps. Le réalisateur de 25 ans avait serré ses parents contre lui. Les félicitations se sont multipliées. «Je me sens très ému, très chanceux». Il le peut, avec 12 minutes d’ovation après la projection!

«C’est surréaliste de vivre une chose pareille, surtout entouré des gens qu’on aime le plus. C’est un moment unique. Ça vaut toutes les incertitudes, toutes les déceptions depuis le début, ça vaut tous les non qu’on a entendus, tous les refus qu’on a essuyés. Il y a eu des moments plus difficiles, ils n’existent plus», avait-il confié, visiblement bouleversé.

Faire partager les émotions des plus légères aux plus graves à 1800 spectateurs, pendant la projection de presse, avec cette histoire bouleversante de mère et de fils, portée par trois grands acteurs : Anne Dorval, Suzanne Clément et l’impressionnant Antoine-Olivier Pilon, c’est un exercice difficile que le très jeune cinéaste a relevé haut la main :

«Cinéaste parfois catalogué modeux, voire snob à claques, Dolan trouve ici le parfait équilibre entre la sophistication de sa mise en scène et la trivialité de ses personnages, il se déboutonne tout en conservant son élégance folle, un peu comme si une comédie populaire italienne était mise en images par Wong Kar-Wai.» Les Inrocks

«Un des plus des films les plus vibrants, intoxicants et illuminés que l’on a vus à Cannes toutes années confondues, et c’est un peu comme si on peut encore le sentir couler dans nos veines.» Indiewire 

«La compétition n’est pas à son plus fort cette année, mais le film du jeune québécois serait sorti du lot dans n’importe quelle édition du festival.» Irish Times 

«Considérant ses ambitions internationales, Dolan fait un choix courageux en honorant ses racines avec des dialogues particulièrement crus en québécois, à la Michel Tremblay.» Maclean’s 

«L’aisance du réalisateur pour mélanger les genres et maintenir le spectateur attentif nous fait découvrir la photo irrespectueuse, libre et irrévérencieuse d’un des réalisateurs ayant le plus l’envie et la capacité de surprendre à tous les plans.» El Mundo.

Comme pour tous ses films, l’enfant prodige du cinéma québécois a tout fait : écrit, réalisé, produit, monté le long métrage et même le dossier de presse, sauf qu’il n’y joue pas, contrairement à d’habitude.

Xavier Dolan tient du génie et chacune de ses réalisations accroit cette certitude. Palme d’or ou pas, Mommy a déjà rencontré son destin.