Sao Paulo, Brésil: entre fiertés LGBT et violences homophobes

Par  |  Aucun commentaire

La marche de la fierté LGBT de São Paulo est l’une des plus célèbres du monde. Dimanche 4 mai, des millions de personnes ont défilé pour le respect des droits de la communauté LGBT. Pour cette 17ème édition, les organisateurs ont choisi comme slogan : « Le placard plus jamais ! Union et prise de conscience dans la lutte contre l’homophobie ». Les militants comptent aussi sur le défilé pour faire adopter par le Congrès un projet de loi dans le but de criminaliser l’homophobie.

Cette demande visait particulièrement le député fédéral et pasteur Marco Feliciano, qui a fait un grand nombre de déclarations contre la population homosexuelle, après avoir pris la tête de la Commission des Droits de l’Homme.

Pourtant, dans son rapport de mai 2008 sur les lois sur l’homosexualité dans différents pays du monde, l’Association internationale des lesbiennes et des gais  (ILGA) souligne que l’homosexualité est légale au Brésil depuis 1831 et que la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle est interdite aux termes de la constitution. En ce qui concerne l’emploi, la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle est interdite dans plusieurs États, y compris Bahia, le district fédéral, Minas Gerais, Paraíba, Rio de Janeiro, Rio Grande do Sul, Santa Catarina et São Paulo.

À l’époque, le président Luiz Inácio Lula da Silva a inauguré la première conférence nationale sur les gais, lesbiennes, bisexuels, travestis et transsexuels, au cours de laquelle il a exprimé son soutien envers les droits LGBT et a lancé un appel en faveur d’une période de réparation (source Pink News, 11 juin 2008). Il s’agirait de la première fois au monde qu’un gouvernement organise une conférence dans le but de promouvoir les droits des LGBT comme la souligné The Christian Post dans son article du 15 juin 2008

Le Brésil est également un fervent défenseur des droits des LGBT sur la scène internationale et un programme, piloté par le gouvernement, pour éradiquer l’homophobie au Brésil a été créé en 2008.

São Paulo est l’hôte du plus important défilé de la fierté gaie au monde, défilé qui attire environ cinq millions de personnes, avec toutes les importantes retombées économiques que cela implique.

Cela n’empêche pas les attitudes discriminatoires venant même des représentants de l’autorité, comme un juge passible de mesures disciplinaires pour avoir déclaré que les homosexuels ne devraient pas jouer au soccer (BBC 4 août 2008) ou un sergent de l’armée par la police militaire dont une entrevue télévisée à laquelle il participait avec son conjoint pour discuter de leur relation homosexuelle a suscité une controverse (Pink News 6 juin 2008).

 Un niveau de violence élevé

Malgré les protections juridiques offertes à la communauté LGBT, il existe un niveau élevé de violence homophobe au Brésil.

Selon l’organisation non gouvernementale (ONG) Groupe gai de Bahia (Grupo Gay de Bahia), la plus ancienne organisation de défense des droits des gais au Brésil, 116 membres de minorités sexuelles auraient été assassinés en 2007, dont 83 gais, 30 travestis et 3 lesbiennes. De 1980 à 2006, il y aurait eu entre 2 680 et 2 790 assassinats d’homosexuels (source Nations Unies) et le président de l’Association de la fierté gaie de São Paulo a été battu jusqu’à ce qu’il perde connaissance par un nombre inconnu d’assaillants.

«Etre gay n’est pas bizarre, l’homophobie est bizarre», une campagne réalisée par l’association Groupe gay de Bahia.

«Etre gay n’est pas bizarre, l’homophobie est bizarre», une campagne réalisée par l’association Groupe gay de Bahia.

Toutefois, entre 1980 et 2002, les statistiques recueillies par le système de renseignements sur les décès du ministère de la Santé du Brésil révèlent que le taux d’homicide pour l’ensemble du pays est passé de 11,4 par 100 000 habitants à 28,4, et qu’en 2002 seulement, il y eu 249 570 homicides au Brésil.

L’étude met en avant que si dans 40% des cas les agresseurs sont des inconnus, dans 30% des cas il s’agit des voisins et dans 10% des cas, ce sont les propres amis de la victime. Les victimes quant à elles sont en général jeunes – 63% ont moins de 30 ans – et à 83%, il s’agit d’homosexuels. A noter que 4% sont des hétérosexuels, pris pour des homosexuels ou agressés pour les défendre. Les villes de São Paulo et de Salvador de Bahia sont les lieux de la majorité des agressions homophobes et également des crimes. Rio de Janeiro arrive bien plus loin dans la liste mais la municipalité détient son propre service de dénonciation anonyme depuis plusieurs années. Selon l’association Groupe Gay de Bahia, 3196 personnes ont été tuées au Brésil entre 1980 et 2009, pour leur orientation sexuelle. En 2010, 260 ont été assassinées: 140 étaient gays, 110 étaient des travestis et 10 étaient des lesbiennes.