Manon Massé et la langue commune du Québec: Non mais, je rêve?

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Je viens de visionner l’entrevue donnée par la nouvelle députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques Manon Massé à CTV et j’en suis encore bouche bée. Pas de l’entendre dire qu’elle s’opposait à la charte de la laïcité de l’ancien gouvernement parce que Québec solidaire est ‘très inclusif’, même si cette affirmation tranche franchement avec la déclaration faite au débat des chefs par Françoise David qui disait qu’elle l’appuyait à 90%. On est habitué à ce double discours de Québec solidaire. Manon Massé a fait de son mieux durant la campagne pour esquiver toute question en la matière alors que son dépliant électoral disait qu’elle est pour un Québec laïque, mais qu’on a plus besoin d’’’un projet de société rassembleur que d’une charte des valeurs qui divise’’. En la matière, on a juste hâte de voir si après avoir mis sous le boisseau la position de QS demandant de mettre fin au financement des écoles religieuses l’automne dernier, ce sera au tour du compromis boiteux de ce parti, inspiré de Bouchard-Taylor, de refuser le port de signes religieux pour les personnes en autorité seulement, de prendre le bord quand le gouvernement libéral déposera son projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État. L’harmonie serait alors totale en la matière entre la droite néo-libérale multiculturaliste et la gauche postcapitaliste et altermondialiste… Serait-ce là un projet de loi ‘rassembleur’?
Non, ce que j’ai trouvé encore plus ahurissant, c’est d’entendre Manon Massé après avoir affirmé sans l’ombre d’un doute les ‘droits de la minorité anglophone’, dire que dans la définition du projet de société d’un Québec souverain, Québec solidaire inviterait ‘tous les Québécois à discuter ensemble (entre autres) de quelle langue nous voulons adopter comme langue commune.’ Me semble qu’il y a des limites à l’angélisme! Qu’il y a des limites à faire des courbettes pour s’effacer et s’excuser d’exister devant les minorités linguistiques vivant chez nous.

Manon Massé langue commune
La question de la langue commune n’est-elle pas résolue au Québec depuis l’adoption de la Charte de la langue française en 1977? Québec solidaire songe-t-il à rouvrir le débat? Si tel n’est pas le cas, pourquoi laisser planer cet espoir quand on donne une entrevue à une chaine de télé anglophone?
Une question historiquement réglée
La question de la langue commune n’est même pas une question qui mérite d’être débattue : la réalité historique a réglé la question depuis au moins deux siècles. Il n’y a qu’une langue qui est comprise par la vaste majorité des Québécois et qui nous permet de communiquer entre nous : c’est le français. À l’heure actuelle, sur le territoire du Québec, même en comptant les Premières Nations, il y a 94,5% des Québécois qui déclarent savoir parler français comme langue maternelle ou seconde, à peine 4,5% qui ne parlent qu’anglais comme langue maternelle ou seconde. Même en comptant ceux et celles qui parlent anglais comme langue seconde, on n’atteint pas 50% de Québécois ayant une connaissance de l’anglais, avec à peine 7,8% la déclarant comme langue maternelle, dix fois moins que le français. Quel débat y a t-il à avoir?
Certaines personnes comme Mme Massé semblent croire que c’est oppressif d’affirmer cette simple réalité de la vie. Et pourtant cette langue, si elle est venue avec la colonisation française, elle s’est imposée d’elle-même comme langue commune pour cette simple et bonne raison que nos ancêtres, provenant de différentes nationalités de France et d’Europe, des Premières Nations et parfois même d’Afrique, n’ont eu d’autre choix que d’adopter la langue de l’Armée française, celle aussi enseignée aux Filles du Roy, pour se comprendre entre eux, eux qui parlaient des dizaines de langues et de dialectes différents. Elles l’ont tous colorée de leurs mots et de leurs expressions, de leurs réalités. Et elle a continué à intégrer les apports des unes et des autres même après la fin de la période coloniale française et elle continue d’évoluer au contact des autres nations d’Amérique, de la francophonie et du monde pour refléter nos réalités changeantes. N’y avons-nous pas nous-mêmes donné un nouveau sens au mot ‘gai’ en ne nous gênant pas, contrairement à nos cousins français, pour décliner le mot en genre et en nombre? Y a-t-il une seule autre langue qui puisse aussi bien exprimer le Québec que la langue de Gabrielle Roy, de Michel Tremblay, de Clémence Desrochers, de Luc Plamondon et de Wajdi Mouhawad? Serait-ce la langue de Mordecai Richler? Ou pire encore celle de Lord Durham?
Il y a bien sûr bien des chauvins canadiens-anglais qui rêvent d’un Québec bilingue en voie de louisianisation dans un Canada bien anglais et monarchiste, quitte à tolérer un certain multiculturalisme et un bilinguisme limité pour y parvenir. On en a déjà un aperçu quand on regarde les Junos ou les Génies, des galas qui ‘célèbrent la culture canadienne’ et qui se tiennent uniquement en anglais dans la ‘métropole’ du Canada.
Mais quand on est la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, une circonscription qui a élu des députés et députée souverainistes depuis 1970, qui a voté à 57% Oui au référendum de 1995, peut-on entretenir quelque doute que ce soit à ce sujet?

http://montreal.ctvnews.ca/video?playlistId=1.1792641

André Gagnon

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