Le double discours de Québec solidaire

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Françoise David qui termine aujourd’hui la campagne électorale de Québec solidaire, vantait le message positif que sa formation a véhiculé durant la campagne électorale. C’est certain que quand on dit qu’on aime, qu’on fait appel à la tête et au cœur de chaque citoyenne, de chaque citoyen, on est dans l’image positive qui concorde selon les apparences avec l’engagement pris par ce parti à sa fondation de ‘faire de la politique autrement’. Il faut toutefois voir au-delà des apparences et connaître le discours et les agissements des activistes de Québec solidaire pour se faire une tête justement. Surtout que ce parti espère aller chercher outre Mercier, la 2e circonscription comptant la plus grande concentration LGBT au Québec déjà représentée par Amir Khadir depuis 2008, Sainte-Marie-Saint-Jacques au cœur de laquelle se trouve le Village et Hochelaga-Maisonneuve, la troisième circonscription avec la plus grande population GLB

Tout d’abord, pour ce qui est de l’engagement de Québec solidaire pris au congrès de fondation de ‘mener une lutte conséquente contre l’homophobie’, on repassera. Même dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, le dépliant électoral de Manon Massé ne fait aucune mention de la lutte contre l’homophobie, ni des droits LGBT. Quand je l’ai questionné à ce sujet au débat de la CDC Centre-Sud, la candidate de QS m’a répondu qu’il y aurait un autre dépliant… que je n’ai jamais vu à la veille de l’élection, un curieux mensonge pour une candidate qui prétend se démarquer des autres partis. Ça commence bien.

Tout ce qu’on a vu en la matière, c’est sa publicité dans Fugues où elle dit qu’elle ‘défend les droits LGBT comme Fugues’.  Premièrement annoncer seulement dans un magazine gai qu’on est pour les droits LGBT, c’est mince et surtout ça nous laisse dans notre placard. Deuxièmement, quand on se targue de représenter un parti féministe, d’être ouvertement lesbienne, me semble qu’on devrait se garder une petite gêne de dire qu’on défend les droits LGBT comme Fugues, une publication qui prétend être ‘le magazine des gais et des lesbiennes du Québec’, mais où, en 30 ans,  on a assez de doigts dans une main pour compter le nombre de lesbiennes qui ont fait sa une. Où sont passées les préoccupations féministes de Manon Massé? Soumises à sa volonté de se faire élire dans une circonscription à 57% masculine? Accepterait-elle de féliciter une autre publication où les femmes sont ainsi constamment réduites à la portion congrue?

Sur la question de la laïcité, un enjeu important pour une communauté constamment discriminée sur la base de l’homophobie et de la transphobie  religieuses, là aussi on a pu voir Québec solidaire êre soudainement très low profile sur sa position en faveur du port de signes religieux : Françoise David qui déclare être en faveur d’une Charte de la laïcité lors du débat des chefs, mais sans insister sur sa position en faveur du port de signes même des religions les plus sexistes et homophobes; des réponses simplistes aux questions sur l’impact dissuasif du port des signes de religions homophobes sur les personnes LGBT du genre ‘Toutes les religions sont homophobes (NDLR Ce qui n’est pas vrai en passant), mais pas tous les croyants’(dixit Manon Massé)  qui contrastent avec les envolées enflammées pour défendre le privilège des intégristes religieux de continuer à porter les symboles de religions sexistes et homophobes même quand ils sont au service d’un État laïque entendues depuis des mois.

Mais ce qui contraste le plus avec le discours officiellement positif de Québec solidaire, ce sont toutes les calomnies que peuvent lancer un grand nombre de ses militants et militantes contre ceux et celles qui ne partagent pas leurs positions plus que questionnables en matière de laïcité qui placent cette formation qui se veut de gauche du même côté que le PLQ, l’Assemblée des évêques catholiques et même des Bérêts blancs. Depuis cinq ans, depuis le débat sur le port du voile islamique à la FFQ dont la président actuelle Alexa Conradi est l’ancienne présidente de QS, à partir de Benoit Renaud alors secrétaire-général de QS, les partisans de la laïcité, les militants et militantes qui ont fait avancer la laïcité de l’État québécois par leur combat incessant depuis des décennies sont devenus des ‘laïcards’, des ‘xénophobes,, des ‘racistes’, des ‘islamophobes’, des suppôts du Front National et quoi encore, une intolérance qui n’a rien à envier à celle des maoïstes des années 1970 et 1980 où plusieurs cadres de QS ont fait leurs classes. Encore hier, je me suis fait lancer au visage après la publication du dernier numéro de Être que j’appuyais un parti qui a des ‘politiques racistes’!?! J’ai trouvé ça d’autant plus ridicule que le numéro en question mettait en une deux femmes asiatiques, non pas qu’on ait cherché à être politiquement correct, mais parce que pour nous, c’est juste normal. Y a-t-il eu beaucoup de publications GLBT qui aient fait de même depuis que le Québec existe? Mais où est donc passé le message d’amour, de cœur et de tête des militants et militantes de Québec solidaire?

André Gagnon