François Sagat : de la porno à Homme au bain

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François SagatRG. François Sagat, vous tenez un premier rôle dans le nouveau film de Christophe Honoré. Parlez-nous un peu d’Homme au bain.
François Sagat. Christophe avait d’abord en tête de faire un court-métrage de sept minutes, très personnel, pas trop médiatisé. Le concept a finalement évolué vers un long métrage, qui a rapidement été récupéré par les médias. C’est l’histoire d’Omar et de Manuel, un couple en rupture. Omar quitte la France pour aller faire la fête aux États-Unis et s’entiche finalement d’un Québécois. Quant à Manuel (mon personnage), il a beaucoup de difficulté à accepter la séparation et tente de faire son deuil en multipliant les aventures sexuelles. C’est une tranche de vie, abordée avec une grande intimité.
Comment s’est déroulé le travail avec Christophe Honoré ? Ce premier rôle dramatique a dû être un défi pour vous.
Tout s’est très bien passé avec Christophe. C’est lui qui m’avait approché grâce à une connaissance commune. Sur le plateau, il avait une idée très précise de ce qu’il voulait. Je me sentais donc en confiance. Il me disait souvent de ne pas en faire trop, d’y aller avec le plus de simplicité possible et même de façon linéaire. Cette neutralité donne plus de puissance aux mots et aux images, je m’en suis rendu compte en voyant le film par la suite.
Pensez-vous que l’univers du film X et celui du cinéma «traditionnel» sont très différents ?
Oui, assez quand même. Dans le cinéma pornographique, tout est artificiel. La seule chose réelle, c’est la pénétration. Dans la fiction, il y a forcément un portrait psychologique, le croquis d’un vrai être humain. Ce cinéma cherche à approcher la réalité. Ce n’est pas l’objectif du X, où l’on tente plutôt d’exposer des fantasmes. Le seul but, c’est d’allumer un désir sexuel.
Pouvez-nous nous rappeler comment a débuté votre carrière dans la porno ?
C’est d’abord l’histoire d’une métamorphose. J’étais dans la vingtaine, j’étais complexé par ma constitution chétive. À l’époque, j’étudiais la mode et j’étais efféminé. Un jour, j’ai décidé d’abandonner ce milieu. J’étais un peu désespéré, je ne savais pas du tout quoi faire de ma vie. Je me suis mis à m’entraîner et à travailler comme barman au Raidd Bar à Paris, dans le Marais. C’est une boîte branchée où le service est assuré par des mecs torse nu.
À ce moment-là, j’ai remarqué d’une part que l’on commençait à porter sur moi un regard différent. Il y avait dans l’œil des gens du désir, chose que je n’avais pas expérimentée aussi fortement auparavant. D’autre part, il y avait une sorte de condescendance à l’égard de mon travail. J’avais horreur de ça. Ce n’était pas une période très réjouissante. Un jour, un ami m’a proposé de jouer dans un film porno à petit budget. J’ai accepté. J’étais très nerveux le jour du tournage, mais j’ai aimé l’expérience. Six mois plus tard, j’étais approché par les États-Unis. Tout cela s’est fait très vite.
Maintenant que vous avez fait le saut vers la fiction traditionnelle, doit-on comprendre que vous avez dans le même temps fait une croix sur la porno ?
Non, j’ai l’intention de faire d’autres films X, j’aime bien ce travail. J’ai aussi aimé l’expérience du cinéma traditionnel, mais comme je n’ai pas de plan de carrière précis, je ne peux pas dire grand-chose sur tout cela. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai un tournage de film X prévu pour l’année à venir. Il y a un autre projet de fiction dans l’air, mais c’est encore vraiment embryonnaire, et il y a aussi un documentaire sur moi qui est en tournage.