Un débat sain

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La deuxième journée de campagne m’a réservé une surprise, une surprise qui était bien gardée : mon amie Louise Mailloux fera la lutte à Françoise David, la porte-parole de Québec Solidaire, en se portant candidate pour le Parti Québécois dans la circonscription de Gouin. Je ne suis pas surpris de la décision de Louise. Comme féministe, comme femme de gauche, comme bisexuelle, elle est une ardente partisane de la laïcité, d’une laïcité qui se veut en soi inclusive et qui ne prend pas les compromis boiteux avec les différentes religions comme preuve de cette inclusivité. Je la sais radicalement opposée à ce courant de la gauche solidaire qui place la gauche à la remorque des positions de la droite en matière de laïcité, qui se fait objectivement le cheval de Troie des intégristes religieux dans une société qui s’est difficilement et peu à peu soustraite à l’emprise hégémonique de l’Église catholique favorisée historiquement par le colonisateur britannique pour maintenir le peuple québécois à sa place de subordonné et le maintenir à l’écart des idéaux démocratiques issus des révolutions de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

Pour les femmes comme pour les LGBT, l’emprise de la religion catholique a retardé longtemps l’accès à la liberté et à l’égalité au Québec. Pas étonnant que la Révolution tranquille ait été associée à un mouvement de laïcisation et même d’anticléricalisme. Pas étonnant non plus que notre société soit aussi vigilante face aux religions qui tentent de revenir par la porte d’en arrière quand elles ont été sorties par la porte d’en avant de nos institutions. Et ce même si ce processus est bien imparfait. C’est précisément ce qui motivent beaucoup de Québécoises et de Québécois dont Louise et dont je suis, à vouloir affirmer, raffermir la laïcité, surtout quand nous voyons comment la ‘plus grande tolérance du Canada’ eu égard aux religions signifie en fait que la religion peut faire un retour à la vitesse grand V dans les affaires de l’État comme en témoigne le gouvernement conservateur de Stephen Harper, un gouvernement ancré dans le conservatisme traditionnel du Canda anglais auquel le Québec est très largement allergique.

Ce débat entre deux femmes qui se disent féministes et de gauche, est sain. Il couve depuis cinq ans et cette élection ne saurait en faire l’économie. Françoise David par sa notoriété et sa majorité part avec une longueur d’avance. Louise jouira de l’appui du parti gouvernemental, le  combat devrait se mener à armes assez égales (je n’aime pas l’expression, mais elle est en usage dans le monde macho de la politique). Le combat témoigne de la profonde division qu’a créée dans le mouvement des femmes la décision de la FFQ (auxquelles les féministes de QS ne sont pas étrangères) de s’opposer à l’interdiction des signes religieux pour le personnel de l’État en contradiction avec l’avis du Conseil du statut de la femme en 2009 au nom de la position qui dit ‘ni obligation, ni interdiction’.

Cette position apparait de plus en plus comme un leurre et celles et ceux qui la soutiennent, apparaissent de plus en plus comme les ‘idiots utiles’ de l’intégrisme  pour reprendre l’expression de Djemila Benhabib, la grande amie de Louise. Louise faisait justement circuler sur les réseaux sociaux la fin de semaine dernière un message Facebook d’Hajar Jerroumi, la porte-parole féminine du ‘Collectif québécois contre l’islamophobie’ d’Abdil Charkaoui qui a organisé la plus grand manif contre la Charte le 16 septembre dernier dans les rues de mon quartier, aux portes du Village. Un message où elle disait que les partisanes du port du voile devaient se garder de dire qu’elles agissaient par choix, puisque ce serait une obligation religieuse… démontrant ainsi de façon manifeste le double discours hypocrite des islamistes qui utilisent nos libertés démocratiques pour imposer leurs valeurs religieuses. Et quand on consulte le page Facebook de cette islamiste, on achève de s’en convaincre. Dans un article qu’elle signe sur sa page intitulé ‘Mon pays ne me ressemble plus’, parlant de son Maroc d’origine, elle rappelle son attachement à une religion d’État et son opposition à ‘certains se disant féministes (qui) sortent revendiquer l’égalisation des règles islamiques de l’héritage, la légalisation de l’avortement et l’égalité homme-femme, (… ) Que d’autres se disant défenseurs des droits de l’homme revendiquent la légalisation du mariage homosexuel par soucis d’évolution et de modernisation, mots desquels ils ne se rappellent que lorsqu’il s’agit de questions de la sorte.’

Pour avoir couvert cette manifestation, ce genre de propos est tout un contraste avec les valeurs de ‘liberté’ et ‘d’égalité’ clamées par ses organisateurs islamistes pour dénoncer la Charte proposée par le gouvernement comme ‘discriminatoire’ et ‘islamophobe’. Évidemment, il n’y avait que les idiots utiles, nombreux lors de cette manif, de QS, du NPD, des militants étudiants de l’ASSÉ, tous venus applaudir l’islamiste Charkaoui et consorts, pour croire à la sincérité démocratique des islamistes qui l’organisaient.

Comme les bérets blancs dont nous avons reçu le délire religieux habituel dans nos boites à lettres, les islamistes s’opposent à la Charte parce qu’ils sont contre la laïcité point à la ligne. Et la laïcité ‘ouverte’ ou ‘inclusive’ n’est rien d’autre que le cheval de Troie pour combattre la laïcité de l’État qui a permis aux femmes et aux LGBT de se libérer des dogmes religieux sexistes, misogynes, homophobes et transphobes.

La vigilance impose de dénoncer ce double discours et Louise a raison de le dénoncer. Tout comme elle a raison de dénoncer l’utilisation de la victimisation des femmes voilées par l’interreligieux, ce front commun de facto trempé dans l’oecuménisme pour justifier le retour de toutes les religions, ‘majoritaire’ ou minoritaires dans les affaires de l’État.

Un beau débat en vue!