Claude Gagnon, premier lauréat de la Bourse Michel-Brault

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« C’est un double honneur pour moi de remettre cette première Bourse de carrière Michel-Brault à Claude Gagnon. D’abord en commémorant la mémoire d’un créateur que j’admire pour la sensibilité et l’intelligence qu’il a apportées au cinéma. Je remercie d’ailleurs chaleureusement la famille Brault de sa collaboration. Ensuite, en offrant cette bourse à un cinéaste émérite ayant consacré plus de 40 ans à son art pour lui permettre de travailler à son premier film d’action. Le projet de Claude Gagnon est fascinant. Il porte sur les origines et le parcours du célèbre Will James, alias Ernest Dufault, un artiste du Québec qui est au coeur du mythe américain par excellence : le western », a déclaré monsieur Stéphan La Roche, président-directeur général du CALQ.

En consacrant une bourse de carrière aux scénaristes et aux réalisateurs de cinéma, le CALQ souligne annuellement leur remarquable contribution à la vitalité de la culture québécoise en offrant au récipiendaire des ressources pour entreprendre un projet original qui lui tient à coeur.

La filmographie de Claude Gagnon compte neuf longs-métrages. Précurseur, ses films retiennent l’attention et obtiennent la faveur du public, de la critique et des membres de l’industrie. Quatre d’entre eux sont présentés au Festival international des films de Berlin. Il remporte le seul Grand Prix des Amériques décerné à un Québécois en 37 ans au Festival des films du monde de Montréal (FFM), et est le seul étranger à avoir remporté le Prix du jeune réalisateur décerné par l’Association des réalisateurs du Japon. En 1986, il est assis aux côtés de Claude Jutra (La Dame en couleurs) à la cérémonie de remise des Césars où son film Visage Pâle est en nomination. Il foule le tapis rouge des plus grands festivals en s’intéressant à des sujets tabous comme la différence, la marginalité, l’homosexualité, le racisme, la cause autochtone ou encore le suicide.
« Ma cinématographie a traité de l’apprentissage de la vie en cherchant à comprendre la condition humaine, en fouillant dans nos contradictions, nos peurs, nos désirs comme nos excès. Toute ma vie j’ai rêvé de tourner un film d’action. J’y ai toujours renoncé parce que je n’arrivais pas à trouver un sujet qui me permette d’éviter la violence et le premier degré du film d’action conventionnel. Mais Will James m’offre cette possibilité. Tout, ou presque, reste à faire pour restaurer la vérité sur ce Québécois sans pareil. Will James est devenu une mission dans ma vie ; une tâche que je me dois d’accomplir maintenant, avec l’aide du CALQ, pour la mémoire de ce Québécois remarquable », a souligné Claude Gagnon.

Les membres du comité de sélection ont souligné l’originalité de l’approche choisie par Claude Gagnon dans son projet qui devrait lui permettre d’enrichir sa création tout en revisitant le cinéma d’ici.

CLAUDE GAGNON
Notes biographiques
Le plus japonais des cinéastes « Québecjin »
En quittant le cours classique à la fin des années 1960, Claude Gagnon s’élance à la découverte du monde, à la recherche de sujets qu’il pourra explorer à travers l’objectif de sa caméra. Après quelques mois au Mexique, il se retrouve dans les mines de Sudbury qui lui permettront de se diriger par la suite vers le Japon où, pendant près d’une décennie, il fera une partie importante de son apprentissage cinématographique et rencontrera sa partenaire dans le 7e art comme dans la vie, Yuri Yoshimura. Artisan de trois événements de promotion du cinéma québécois à Tokyo et Okinawa au cours des dernières années, Claude Gagnon n’a pas seulement présenté la culture japonaise au Québec mais il a distribué quantité d’oeuvres de cinéastes québécois au pays du Soleil levant. Présenté en compétition officielle au Festival des films du monde de Montréal (FFM), son premier long-métrage, Keiko (1978), est un succès qui lui vaudra également le seul Prix du jeune réalisateur décerné par l’Association des réalisateurs du Japon à un étranger.

Homme-orchestre du 7e art
De retour au Québec en 1979, il produit le film de l’Ivoirien Mory Traoré L’Homme d’ailleurs et signe Larose, Pierrot et la Luce (1981) qui remporte le Prix du meilleur film canadien au FFM. Son film Visage Pâle (1984) remportera le Prix de la critique internationale au FFM et lui apportera une reconnaissance européenne avec sa présentation en compétition officielle au Festival international du film de Berlin (FIFB) et sa nomination aux Césars dans la catégorie Meilleur film de la francophonie.

À la fin des années 1980, il fonde Aska Films avec Yuri Yoshimura et entreprend des coproductions internationales. Kenny (The Kid Brother, 1987) connait un succès retentissant. Présenté en compétition officielle notamment aux festivals de Montréal, Toronto, Vancouver, Portland, Rio de Janeiro, Paris, Berlin, Moscou et Tokyo, le film remporte le Grand Prix des Amériques au FFM, le Prix UNESCO et la Mention spéciale UNICEF au FIFB, le Prix spécial du jury au Festival des Films de Jeunes de Paris et rafle trois prix à Moscou lors du First International Film Festival for Youth.

Aux commandes d’Aska Films pendant plus de dix ans, il produira les opus d’André Melançon (Rafales en 1990) et Gilles Carle (La Postière en 1991 et Pudding chômeur en 1995). Il révélera également le talent de nouveaux réalisateurs et scénaristes comme Arto Paragamian, François Bouvier et Jean-Sébastien Lord.
Les deux derniers longs-métrages de Claude Gagnon, Kamataki (2005) et Karakara (2012), en coproduction avec le Japon, sont encensés par le public et la critique. Kamataki récolte cinq prix au FFM dont les prix du public et de la critique internationale en plus de la meilleure réalisation. Il reçoit également le Prix spécial du jury au Brisbane International Film Festival (BIFF) et est primé au Palm Springs International Film Festival et au Mar Del Plata International Film Festival. Karakara est pour sa part le coup de coeur du public du FFM et rafle le Prix ouverture sur le monde.

  • 9 longs-métrages
  • 4 sélections au Festival International du Film de Berlin – Berlinale
  • 5 prix pour Kamataki au Festival des films du monde de Montréal (FFM) en 2005
  • 2 nominations aux Jutra pour Kamataki en 2006 (meilleure réalisation) et Karakara en 2013 (meilleur scénario)
  • Nomination pour Visage Pâle aux Césars en 1986 (meilleur film francophone)
  • Seul Québécois récipiendaire du Grand Prix des Amériques au FFM (Kenny – The Kid Brother en 1987)