Problématiques sociales du Village

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S’ATTAQUER ENFIN AUX PROBLÈMES DE FOND

On pourrait s’en étonner. Qui donc pourrait s’opposer à une meilleure sécurité citoyenne dans le Village par le service qui devrait normalement l’assurer? Et pourtant, le contre-argument des opposants n’est pas sans fondement. Plus de présence policière amènera-t-elle plus de sécurité? Les cas récents de personnes marginalisées abattues par la police ne prouvent-ils pas le contraire? Les deux groupes s’entendent toutefois pour dire qu’il faut impliquer aussi les groupes communautaires et les travailleurs sociaux dans la solution de ce problème. 

En fait, ni l’un, ni l’autre n’ont vraiment complètement tort ou raison. Tous deux ne s’attaquent tout simplement pas aux problèmes de fond qui gangrènent le quartier. Pierre Magloire, le frère d’Alain abattu par les policiers rue Berri alors qu’il était en crise, nous enlignait sur la bonne piste : il n’y a pas assez de ressources pour s’occuper des personnes itinérantes ayant des besoins de santé mentale, qui sont souvent toxicomanes, alcooliques, expliquait-il après la mort brutale et absolument évitable de son frère.

AlainDepuis deux décennies, le nombre de personnes itinérantes a grimpé à 30,000 personnes selon les estimations à Montréal, une population qui se concentre au centre-ville. Car c’est là que se retrouvent les quelques ressources pour leur venir en aide dont moins de 2,000 places dans les refuges et maisons d’hébergement. Et c’est aussi là que se concentrent ceux qui profitent de la vulnérabilité de ces clientèles fragiles jusqu’à en faire un business lucratif. Avec tout ce qui va autour : le trafic de drogues de plus en plus dangereuses et créant des dépendances et problèmes graves, la prostitution de rue, toute une petite criminalité liée à cette détresse humaine. Se rajoutent à cela ceux qui veulent venir ‘casser de la tapette’ et tous les éléments du cocktail sont là pour une dégradation sérieuse du tissu social et des explosions périodiques.

Ça fera bientôt dix-huit ans qui je suis éditeur dans ce quartier. J’ai entendu à plusieurs reprises des gens, des regroupements dénoncer cette dégradation du milieu de vie. J’y ai moi-même participé et dénoncé ce laisser-aller. Mais il semble qu’il ne vient jamais à l’esprit de personne de faire autre chose que de nettoyer le seuil de sa porte. L’excuse, toujours la même: il faut des solutions rapides et immédiates. Et au nom des solutions rapides et immédiates, on ne regarde jamais plus loin que le bout de notre nez et les problèmes perdurent parce que ceux et celles qui pourraient exiger de vraies solutions, préfèrent des expédients qui exigent moins d’efforts collectifs. La vérité, c’est que nous serions infiniment plus avancés dans la solution de ces problèmes aujourd’hui si nous avions accepté d’y travailler il y a dix-huit ans.

Et si on refusait que ce quartier soit un immense hôpital psychiatrique à ciel ouvert? Que le service de police y soit responsable de l’urgence? Si on exigeait qu’on arrête de mettre du diachylon sur le problème grandissant de l’itinérance (comme le propose pour une enième fois le nouveau maire de Montréal avec 1 million $ supplémentaire qu’il nous promet) et que les gouvernements concernés, ceux de Québec et d’Ottawa, nous proposent une véritable solution? Comment se fait-il qu’en 2014 c’est toujours la charité privée et des organismes communautaires qui s’occupent des cas de problèmes sociaux les plus lourds de notre société? N’est-il pas là le problème? Dans notre démission collective à nous occuper à travers notre État de ces grands problèmes qui exigent un effort collectif de solidarité sociale?

Notre refus de nous y attarder, nous ne nous en rendons même plus compte, nous coûte encore plus cher que d’apporter des véritables solutions. Cela a déjà été confirmé par une étude du Conseil national du bien-être social du Canada. Pour cette simple et bonne raison que d’accorder un toit et une aide psycho-sociale aux plus mal en point d’entre nous, coûte toujours moins cher que de les envoyer en prison avec tout ce qui précède cette triste conclusion (1).

Ce ne sont ni plus de patrouilles policières, ni plus de caméras de surveillance, ni plus de patrouilles communautaires de quartier qui règleront ces problématiques complexes. C’est en s’attaquant au problème de fond qu’on y parviendra.