Sochi: Comment combattre la loi russe homophobe et répressive?

Par  |  Aucun commentaire
 Laurent McCutcheon gay
 
Alors que le monde entier se tournera vers Sotchi, ville organisatrice des prochains Jeux olympiques d’hiver, le parlement russe a adopté une loi homophobe répressive. Sous le couvert de la protection des mineurs, la loi paralyse toute manifestation favorable à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre et aux personnes LGBT. Son texte prévoit l’interdiction de toute « propagande des relations sexuelles, non traditionnelles à destination des mineurs ». Sa portée est pour le moment indéfinissable. Toute parole, tout geste ou image peuvent être considérés comme de la propagande.
Les grands acteurs concernés par les Jeux olympiques (JO) ne peuvent demeurer insensibles à cette situation et ils sont nombreux : le Comité international olympique (CIO), la diplomatie, les commanditaires (sponsors), les diffuseurs, les athlètes, les organismes de défenses des droits et le mouvement LGBT.
Le Comité international olympique (CIO) À mon avis, le CIO a le devoir d’exercer des pressions sur le Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) et par ricochet sur le gouvernement russe. La charte olympique énonce dans ses principes fondamentaux que « La pratique du sport est un droit de l’homme ».
Même si la charte ne mentionne pas l’orientation sexuelle dans les motifs interdits de discrimination, pour Jacques Rogge, président du CIO : « La charte olympique est claire. Le sport est un droit humain. Chaque athlète a le droit de concourir, quelles que soient sa race, sa religion ou son orientation sexuelle. Les Jeux doivent être ouverts à tous sans discrimination. »
Le président Rogge demande à la Russie de préciser la portée de la loi de manière à protéger les athlètes. Dans le passé, le CIO a déjà exclu des pays de la participation aux Jeux en raison de pratiques discriminatoires dans leur pays. Fait inusité, cette fois-ci c’est le pays hôte qui est visé.
La diplomatie Heureusement, la diplomatie commence à jouer un rôle important et surtout elle ne doit pas s’arrêter ici, elle continuera si elle croit obtenir le soutien de l’opinion publique. Il est particulièrement remarquable que le président des États-Unis, Barack Obama, ait pris officiellement position contre la loi adoptée par le parlement russe et le premier ministre du Royaume-Uni David Cameron a fait de même.
Chez nous, au Canada, après avoir pris position en faveur des droits d’homosexuels, le ministre des Affaires étrangères John Baird a été accusé par le groupe « REAL Women of Canada » (Vraies Femmes du Canada) de défendre ses intérêts personnels. Je connais ce groupe depuis plusieurs années pour les avoir croisées au parlement canadien lors des audiences sur le mariage gai. Leur intolérance et leur agressivité ne cessent de croître. Et, encore plus surprenant, le premier ministre Harper plaide pour le respect des droits des personnes homosexuelles et soutient son ministre des Affaires étrangères.
Les commanditaires (sponsors) Comme on le dit souvent, le nœud de la guerre, c’est l’argent. Or qui fait de l’argent avec les Jeux? Il se trouve que ce sont les commanditaires, ou sponsors, comme les appelle le CIO. Ce sont entre autres : Coca-Cola, McDonald, GE, Samsung, Omega et les fabricants de vêtements et autres accessoires comme Nike. Ils ont un rôle à jouer s’ils veulent conserver leur image de marque et ne pas être associés au gouvernement russe. La charte olympique interdit toute démonstration durant les Jeux. Seuls les logos des manufacturiers de vêtement peuvent apparaître sur les vêtements des athlètes. Je lance l’idée d’un modèle de vêtement griffé, une casquette de marque Rainbow pourrait faire le travail.
Les diffuseurs La diffusion des Jeux olympiques représente aussi une source de revenus majeure du mouvement olympique. Les diffuseurs du monde entier retransmettent les Jeux et sont présents avec leurs reporters et analystes. Ils pourront alors dénoncer la loi russe et présenter les images de leur choix.
Les athlètes Il serait injuste de faire porter le poids des politiques russes sur les épaules des athlètes et de compromettre leur participation à un événement mondial pour lequel ils se sont investis depuis des années. Ils doivent y aller en ayant la possibilité de prendre position avant ou après les Jeux.
Jusqu’ici, on a peu parlé des athlètes russes gais ou lesbiennes. Je leur suggère de demander l’asile politique au Canada après les Jeux, ce serait un plus pour nous et une délivrance pour eux et pour elles.
Les groupes de défense des droits La présente polémique autour de la loi russe fait le tour de la planète et le mouvement de réprobation ne s’essouffle pas, au contraire. Les groupes de défense des droits et les groupes LGBT braquent le projecteur sur la conduite des dirigeants russes. Aucune nation ne souhaite être mise au ban à cause de son intolérance envers ses minorités. La Russie semble incapable de suivre l’évolution sociale des pays développés.
La pression populaire et la Russie Le président Poutine n’a pas la réputation d’être un homme politique flexible. Dans son pays, sa position serait soutenue par la majorité de la population et par l’Église Orthodoxe. Bien sûr qu’il n’est pas facile de convaincre la majorité que les minorités doivent aussi avoir les mêmes droits, mais ce devoir revient aux leaders.
La tenue des JO est une opération de relations publiques pour les pays hôtes qui investissent une fortune dans leur organisation. La Russie doit savoir que son image sera ternie sur le plan international. Même la Chine qui n’a pas la réputation de respect des droits de la personne n’est pas allée aussi loin que la Russie. Le ministre russe des Sports, Vitaly Moutko, tente de se montrer rassurant et déclare que les droits des athlètes seront respectés et le président Poutine cherche à justifier sa position en associant l’homosexualité à la pédophilie.
Les jeux d’hiver de 2018 Lors de la cérémonie de clôture des prochains jeux d’hiver, la ville de Sotchi remettra le drapeau olympique à la ville de Pyeongchang, en République de Corée du Sud pour les jeux de 2018. On connaît peu de chose quant aux droits des personnes homosexuelles dans ce pays. Toutefois, j’espère que l’expérience de Sotchi donnera à réfléchir..