Réflexions sur l’homosexualité et la religion

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pape-imane« Qui suis-je pour juger? » Quand il a prononcé ces mots le 29 juillet, le pape François a montré l’évolution des mentalités sur les relations homosexuelles au sein de l’Église catholique romaine. Au même temps,  Montréal était en train de se préparer pour célébrer la semaine de la fierté gaie (du 12 au 18 août),et le Rhode Island et Minnesota ont légalisé le mariage entre conjoints de même sexe.

L’altersexualité est de plus en plus acceptée au sein de la population mais dans la communauté religieuse, le jugement peut se montrer encore sévère. Bien que l’Église catholique demeure stricte sur ce point malgré les déclarations récentes du souverain pontife, des religions comme l’anglicanisme se montrent plus ouvertes, acceptant et bénissant les unions de conjoints de même sexe et permettant à des hommes ouvertement homosexuels de devenir prêtres.

Aux yeux d’un chercheur de l’Université Concordia, cette liberté contraste avec un certain malaise moral et une ambivalence féminin-masculin qui se trouvent au cœur du débat actuel concernant le rôle et la place des gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et transgendéristes (GLBTT) dans les églises.

Donald Boisvert, professeur au Département des sciences de la religion de l’Université Concordia, a publié récemment un article dans la revue Sciences religieuses au sujet des relations homosexuelles, de la masculinité et du malaise entourant l’altersexualité au sein de l’Église anglicane.

Vu le déclin marqué du taux de fréquentation des églises, « l’Église anglicane est, de toutes les églises chrétiennes au Canada, celle dont l’avenir est le plus sombre », estime le chercheur. Selon lui, « des questions sociales et culturelles pressantes liées aux sexes et à la diversité sexuelle menacent de déchirer la communauté anglicane mondiale ».

« Cette attitude est encore présente aujourd’hui, explique M. Boisvert. L’Église accepte de célébrer des mariages homosexuels, mais est réticente à discuter des gestes corporels que cette union vient supposément sanctifier. Même si des gais et des lesbiennes peuvent être ordonnés prêtres – malgré quelques objections – et que quelques courageux évêques anglicans sont prêts à unir des conjoints de même sexe, l’institution dans son ensemble ressent encore un profond malaise par rapport aux questions liées au sexe. »

L’article de M. Boisvert repose sur des études de cas de deux anglicans très respectés qui ont vécu à la fin du xixe siècle. Il montre que ces hommes affichaient une identité protohomosexuelle en raison de leur masculinité performative et de leurs relations étroites avec d’autres hommes.

Citant plusieurs textes qui analysent en profondeur ces personnes, M. Boisvert avance que l’Église a depuis longtemps de la difficulté à composer avec son approche des relations homosexuelles, glorifiant l’amitié entre hommes et restant muette sur ce que cette amitié cache en réalité.

Selon M. Boisvert, ce malaise n’est pas directement lié à l’homosexualité. « Le sentiment, au sein de l’Église, que les relations homosexuelles constituent un sacrilège qui menace ultimement l’ordre naturel de la création émane de la perception de ce qu’est une masculinité adéquate et, par extension, une féminité adéquate. »

Au bout du compte, M. Boisvert espère que l’altersexualité servira de vecteur d’inclusion. Selon lui, « les institutions religieuses pourraient peut-être même aider les GLBTT dans leur cheminement personnel, puisqu’elles offrent un espace d’expression fondamentale de la diversité religieuse, un aspect qui demeure très important pour un grand nombre de personnes, malgré la baisse de fréquentation des églises. »