Budget et lutte contre l’homophobie : plus que du nanane?

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Même si on le ramène au seul nombre des personnes GLBT au Québec, ça ne représente guère plus (sur une base annuelle) que le prix d’un café. Peut-on espérer combattre efficacement l’homophobie, une discrimination ancrée dans une civilisation millénaire, avec un montant aussi dérisoire? Poser la question, c’est y répondre. À titre d’exemple, le plan de lutte contre l’intimidation dans les écoles a été dénoncé comme nettement insuffisant par les intervenants du milieu avec un budget de 5 millions $/an. Et on parle alors d’une intervention seulement dans les écoles du Québec!

En l’absence de financement significatif par nos gouvernements, la lutte contre l’homophobie, un problème social qui concerne toute la société, repose depuis toujours essentiellement sur notre action communautaire et sur la charité privée. Même l’intervention des GRIS régionaux dans nos écoles pour démystifier l’homosexualité repose principalement sur le bénévolat et l’autofinancement réalisé auprès de nos communautés, le reflet on ne peut plus clair de la déresponsabilisation de l’État à cet égard : citoyennes et citoyens égaux en droits… c’est à nous de nous cotiser pour financer la lutte aux préjugés homophobes dans nos écoles. Cherchez l’erreur!?!

En-dehors de quelques organismes nationaux basés à Montréal qui ont depuis peu un financement récurrent très minimal, la lutte contre l’homophobie n’a été financée à ce jour qu’à travers les programmes d’estime de soi de quelques organismes sida régionaux. On repassera pour les femmes lesbiennes et bisexuelles!

Quand on sait les drames que vivent bien souvent les jeunes et les moins jeunes qui découvrent leur homosexualité ou leur identité de genre largement dans l’isolement aux quatre coins du Québec, quand on sait l’extrême précarité de l’action communautaire dans la plupart des régions du Québec avec des organismes portés à bout de bras par des bénévoles, il est plus que temps que l’État se reconnaisse un tant soit peu de responsabilités à rectifier les torts séculaires qui nous ont été faits, surtout quand, au fil des siècles, il a consacré des sommes importantes pour nous réprimer. Si seulement le gouvernement du Québec et les différentes administrations municipales pouvaient consacrer autant d’efforts aujourd’hui qu’ils en ont consacrés dans le passé pour nous criminaliser, nous arrêter et nous poursuivre devant les tribunaux, ce serait déjà un grand progrès.

Quand nous avons formulé la revendication d’une politique nationale contre l’homophobie lors des États-généraux de 2004, nous souhaitions entre autres que cette politique serve à financer la mise sur pied de centres gais et lesbiens au minimum dans chacune des grandes villes du Québec, de Saguenay à Sherbrooke, en passant par Trois-Rivières, Gatineau et Rimouski… sans oublier Québec et Montréal. Si le nouveau gouvernement veut soutenir de façon efficace l’action communautaire, voilà une avenue qu’il pourrait privilégier. En l’absence de lieux de rassemblement de nos communautés dans plusieurs villes du Québec, le soutien à de tels centres, à l’image du soutien apporté depuis des décennies aux centre de femmes, aux centres ethnoculturels et aux centres de jeunes, pourrait permettre de briser le silence et l’isolement qui perdurent dans de nombreuses régions et qui forcent les personnes GLBT à migrer vers la métropole ou la capitale. Un telle mesure ne coûterait pas de dizaines de millions $ et elle permettrait de faire avancer grandement la lutte contre l’homophobie sur le terrain aux quatre coins du Québec.

Photo: Pauline Marois, Première Ministre du Québec