Regards de maîtres: Mathieu Laca @ Modulum

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L’expo Mort ou vif représente le début à la fois d’une nouvelle période dans l’oeuvre de Mathieu Laca et d’une nouvelle relation professionnelle avec le commissaire Normand Babin de la Galerie Modulum. Entrevue avec l’artiste en phase de transformation… Visite commentée par l’artiste samedi le 27 octobre, à 14h.

Être. La première toile que tu nous a montrée de cette série était un portrait du peintre Francis Bacon, un artiste gai dont les influences ont toujours été marquées dans ton oeuvre. Est-ce qu’il y a un élément de la vie ou du style Bacon qui était derrière le désir de créer cette série en commençant avec lui?

Mathieu Laca. Bacon est le peintre dont j’ai peint le plus de portraits. Il y en a quatre dans l’exposition. Son ?uvre me hante. Comme moi, il tourne tout entier autour du corps masculin. Je crois qu’il a ouvert une brèche fabuleuse en peignant la figure avec des moyens non-figuratifs. C’est un dieu. J’ai beaucoup de plaisir à peindre sa tronche moitié bulldog moitié poupon.

E. Comparé à la sexualité débridée de tes séries précédentes, l’esprit fauviste est presqu’absent des portraits Mort ou vif. Y-a-t-il eu un changement dans ta vie qui aurait influencé cette morphologie dans les motifs de tes peintures?

M.L. Ma palette a évolué, c’est vrai. Et il y a beaucoup plus d’effets de texture dans mes toiles maintenant. Ce que les gens ignorent souvent, c’est que je change constamment, j’explore toutes sortes d’avenues. Je me lasse très rapidement et j’ai horreur de me répéter.

Portrait de Francis Bacon par Mathieu Laca (2012)

E. Pour cette série, tu as bénéficié de la collaboration de ton conjoint, Jean Comeau, pour la sculpture exquise des cadres. Pourquoi pour ce projet la question du cadre était-elle si importante?

M.L. Mon mari a sculpté des motifs en lien avec les artistes dont j’ai peint les portraits. Les cadres sont des clins d’?il à la tradition de même que le prolongement des tableaux dans une dimension nouvelle. C’est un apport merveilleux et je dois dire que c’est vraiment un grand bonheur de travailler tous les jours dans l’atelier avec Jean, lui sculptant et encadrant et moi peignant.

E. Les 20 portraits de grandes artistes comprend aussi un portrait d’un jeune artiste talentueux nommé Mathieu Laca. Est-ce que cette auto-inclusion est une manière de te situer dans la tradition tout simplement, ou y-a-t-il un certain égoïsme (même ironique) qui peut s’en déduire?

M.L. Je peins assez régulièrement des autoportraits donc ces ?uvres n’ont rien d’ironique. Mais leur inclusion dans un corpus de maîtres, leur exposition parmi les portraits de bonzes de l’histoire de l’art, ça c’est hautement ironique ! Je m’introduis moi-même dans mon propre panthéon… L’égoïsme poussé jusqu’à la farce. Certains devraient en prendre de la graine.

E. Tout comme RAYÉ, l’expo solo Mort ou vif représente un début de relation avec la Galerie Modulum. Qu’est-ce qui t’as attiré à faire partie du projet de Normand Babin et Louis Robert?

M.L. J’ai eu beaucoup de succès à Ottawa l’année passée et ça a fait en sorte que les pressions pour que j’expose à Montréal se sont multipliées. Normand et Louis Robert m’avaient dans leur mire. Après avoir gravi les marches d’un bâtiment industriel plein de graffitis, je suis arrivé dans ce splendide espace tout blanc et lumineux qu’est Modulum. Un grand mur de 25 pieds de long m’a sauté au visage. C’était clair : j’ai dit oui.

Mort ou vif  portraits et autres captures par Mathieu Laca

du 19 octobre au 18 novembre, 2012

Vernissage : vendredi le 19 octobre
Galerie Modulum, 3081, Ontario street Est, #301

mathieulaca.com

Autoportrait (2012)