La fierté de Belgrade annulée – reportage

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Le 3 octobre dernier devait être le début de 5 jours de célébrations pour la toute petite et courageuse communauté GLBT à Belgrade, en Serbie, qui planifiait sa première marche de la fierté officielle pour le samedi suivant. Suite à la dénonciation du « défilé de la honte » par le Patriarche Irinej de l’Église orthodoxe serbe, la police de la capitale de ce pays d’ex-Yougoslavie a annoncé l’annulation de la marche pacifique pour des « raisons de sécurité » , voir la soi-disant impossibilité de contrôler les foules de néo-nazis et de hooligans religieux qui s’apprêtaient à attaquer le défilé GLBT. Le lendemain, les rumeurs circulaient parmi les observateurs internationaux présents pour participer à la fierté que l’ordre d’annuler le défilé provenait directement du bureau du premier ministre, et non pas du maire ou de la police.

Drasko Bogdanovic, photographe torontois d’héritage serbe qui a souvent paru dans les pages de 2Bmag, était à Belgrade pour le vernissage de son exposition dédiée à cette première fierté, intitulée Liberation, une de deux expos d’art officielles associées au « PRAJD » (dites pride à Belgrade). Bogdanovic a raconté à Être l’ambiance tendue et la déception que ressentaient les quelques organisateurs face à cette collusion de la religion avec l’état, phénomène devenu si commun dans l’Europe de l’Est d’aujourd’hui.

« Il y avait 200 personnes qui assistaient au vernissage d’art Ecce Homo… et 2 000 policiers à l’extérieur » raconte Drasko Bogdanovic, soucieux de ne pas « faire un reportage à sensation » comme le font tant de médias occidentaux, selon lui. « Ce qui me dérange vraiment, c’est que les médias internationaux ne parlent pas de la controverse soulevée par nos expositions d’art » , parlant de la sienne et de celle de la photographe lesbienne suédoise Elisabeth Ohlson Wallin. L’exposition homo-érotique de Wallin a été fermée seulement deux heures après le vernissage afin d’éviter une attaque des hooligans extrémistes.

Contrairement aux organismes pour la fierté gaie en Europe et en Amérique (qui comptent des centaines et milliers de bénévoles et de participants), la toute nouvelle Fierté de Belgrade est principalement le fruit des efforts de cinq personnes, dont le porte-parole Goran Miletic, qui demandaient tout de suite l’aide des alliés occidentaux pour mettre de la pression sur le premier ministre Ivica Dacic, qui est également le chef de la force policière nationale serbe. Celui-ci dit avoir été obligé d’annuler la Fierté gaie ainsi que deux matchs de soccer prévus pour la même journée (samedi le 6 octobre) afin de limiter la violence des hooligans.

L’annulation de la Fierté de Belgrade s’est faite vivement critiquée par les instances européennes ainsi que par Amnistie internationale. Au moment où cette édition de Être partait à l’impression, Drasko Bogdanovic confirmait que les organisateurs planifiaient toujours une manifestation « entre nos murs » au lieu de la manifestation publique bannie par la police… ou par d’autres.

« C’est clair que c’est l’Église qui a incité le premier ministre à annuler le défilé » affirme Drasko Bogdanvic suite à la conférence de presse tenue pour annoncer la réaction conciliante du comité de PRAJD Belgrade le 4 octobre. En contraste avec ce photographe serbo-canadien, les organisateurs n’ont pas osé critiquer ouvertement ni le Patriarche Irinej ni Monsieur Dacic. Ainsi, la Serbie suit la tendance alarmante des pays ex-soviétiques où la religion conservatrice prend de plus en plus de place dans la sphère publique.

À suivre dans le prochain numéro de 2Bmag et Être.