Élections générales du 4 septembre : Les militants attendent des réponses

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Lors de la présentation du Plan de lutte contre l’homophobie en mai 2011, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, nous affirmait en entrevue qu’il ne répondait ainsi qu’à 20 % des demandes des organismes communautaires. « Et peut-être moins, lâche Éric Pineault, président de Fierté Montréal. Il faudra adresser cette question-là au nouveau ministre. C’est sûr que les besoins sont criants et qu’on a besoin de plus pour sensibiliser, surtout dans le milieu scolaire et sportif où il y a de gros efforts à faire. »

Les organismes sont nombreux à déplorer l’absence de débats, hors des médias spécialisés, sur les questions qui touchent les GLBT durant cette campagne, même s’ils relèvent que certains candidats sont sensibles à leurs revendications. La Fondation Émergence et le Conseil québécois des gais et lesbiennes ont choisi d’adresser un questionnaire aux responsables politiques, tandis que le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal a publié un dossier regroupant les engagements des six principaux partis en matière de santé et de services sociaux, de financement des organismes, de lutte contre la pauvreté ainsi que sur la question des frais de scolarité.

Des financements plus réguliers

Pour l’organisme GLBT Baie-des-Chaleurs, la première des préoccupations est également d’ordre financière. « Dans les discours, on perçoit les organismes communautaires comme une dépense et non un investissement », regrette Hélène Morin, la responsable des communications. L’organisme manque de moyens réguliers pour offrir ses activités et embaucher un intervenant. Il a certes reçu une enveloppe de 18.000 dollars, mais destinée à la réalisation d’une étude sur les besoins des GLBT gaspésiens dans le cadre du Plan de lutte contre l’homophobie. Gai Écoute, malgré des demandes régulières au ministère de la Santé et des Services Sociaux, déclare être à court d’argent pour offrir 24h/24 un service d’écoute.

Si la Maison Plein Cœur a obtenu une hausse de 60 % du financement de son programme Entraide positive, Gary Lacasse rappelle que le déclenchement des élections a interrompu le processus d’attribution des subventions, mettant en difficulté d’autres organismes demandeurs. « Nous attendons la reconduction des programmes mis en place et le rehaussement des financements s’il y a lieu », martèle-t-il. Il juge en outre « inacceptable » que le ministère de la Santé ait évoqué des raisons financières  pour ne pas donner d’argent à la campagne de prévention lors de la Journée de lutte contre le sida. La contribution de Québec était selon lui d’autant plus «  indispensable » pour compenser les baisses décidées par le gouvernement fédéral.

Mesures gratuites, conséquences positives

Mais tout n’est pas qu’une question de dollars. Sandrine Marquis, présidente de l’Association des transsexuelles et transsexuels du Québec, rappelle ainsi que plusieurs lois « ne coûteraient rien » mais apporteraient beaucoup « aux GLBT, en particulier les T ». À l’heure actuelle expose-t-elle, « l’identité et l’expression du genre ne sont que sous-entendues » dans la Charte des droits de la personne du Québec. Elle souhaite leur inclusion explicite, tout comme Éric Pineault pour qui c’est « le plus grand enjeu présentement au Québec », ou Julie-Maude Beauchesne, Président d’AlterHeros, qui déplore que « l’égalité juridique pour les trans [soit] trop tardive » alors que cette revendication est portée depuis des années.

Autre revendication : la possibilité de changer légalement de sexe sans être obligé de passer par une chirurgie de réassignation. Cette avancée est notamment en débat en Ontario, où un tribunal a jugé cet impératif discriminatoire. Sandrine Marquis espère que le prochain gouvernement relancera le projet de loi 70 visant à faciliter les actions civiles des victimes d’actes criminels, dont l’étude a été interrompue par le déclenchement des élections.

Au-delà du Plan

Le manque de financements se mesure également dans les écoles, si l’on en croit le comédien et animateur Jasmin Roy, qui a donné son nom à une fondation qui lutte contre toutes les formes de harcèlement chez les jeunes. S’il qualifie la loi 56 visant à prévenir et combattre l’intimidation et la violence à l’école de « grand pas en avant », sa mise en œuvre, faute de moyens financiers « risque de se faire dans « la panique ». « Ce n’est pas un manque d’intention, il y a un problème organisationnel, s’inquiète-t-il. Si l’on veut contrer l’intimidation en milieu scolaire, il va falloir nommer une personne par école comme la loi le précise et la libérer au moins une journée par semaine. »

Même avec une politique de lutte contre l’homophobie, il reste des choses à revendiquer, relève Laurent McCutcheon dans un communiqué adressé aux partis politiques : de véritables pouvoirs au Bureau de lutte contre l’homophobie, des programmes en lien avec l’orientation dans les ministères et les municipalités… Et le président de Gai Écoute de conclure que « les bonnes intentions doivent maintenant se transformer en actions ». On est tenté d’ajouter : ainsi qu’en bulletins de votes.

Crédit photo : César Ochoa.