Soirée Black et White : Charles Gueboguo, le groupe d’abord

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Charles Gueboguo : black & White soirée gay à Montréal

« Ça va parler de moi cet article ? J’aime pas trop ça ». Le sourire est là pour compenser sa gêne mais la conviction reste ferme : « Ma personne importe peu ». Charles Gueboguo préfère de très loin la notion de groupe. Pour lui, ce qui compte ici, c’est de parler du la situation du Cameroun et de la soirée Black & White d’Arc-en-ciel d’Afrique, à laquelle il participe, notamment en se prêtant à une séance d’autographes pour Sida et homosexualité(s) en Afrique, paru en 2009.

Dans cet ouvrage sociologique qui reprend un ses principaux travaux universitaires, Charles Gueboguo s’est interrogé sur les raisons de l’hétérocentrisme des programmes de prévention pour lutter contre le sida sur le continent noir. En se basant entre autres sur les affiches dans les rues et sur les actions à la télévision et la radio, le chercheur a surtout perçu « une peur non pas psychologique, mais stratégique et politique d’être trop explicatif. On veut continuer à instrumentaliser l’ignorance », le tout sur le dos des GLBT.

Charles Gueboguo n’a pas pu aller au bout de sa thèse qui portait autour de ces thématiques, « à cause de pressions au Cameroun ». Il ne fait pas bon de s’intéresser au sort des minorités sexuelles dans une dictature qui perçoit l’homosexualité comme un mal importé par les blancs. L’universitaire a finalement quitté sa terre natale pour se rendre aux États-Unis (à Ann Harbor, dans le Michigan). Fini la sociologie, place à la littérature comparée, avec « l’analyse de discours sur la non-africanité des homosexuels » comme sujet d’étude.

L’importance des «touches locales »

S’il se dit moins militant aujourd’hui pour se consacrer à son travail pendant quelques mois, Charles Gueboguo regarde toujours de près la situation dans son pays, où il n’est pas retourné depuis trois ans. Très médiatisés depuis 2006 (lorsque de nombreux gais et lesbiennes avaient été arrêtés), les problèmes des homosexuels camerounais reste nombreux et l’avenir immédiat ne sera certainement pas rose. « Des choses sont en train d’être faites, grâce notamment à l’avocate Alice Nkom, nuance-t-il toutefois. Il faudra du temps, on ne change pas rapidement les mentalités. »

Le chercheur espère surtout que l’évolution s’opèrera avec des « touches locales », entendez sans que les organismes GLBT ou homosympas occidentaux veuillent transposer tel quel leur modèle en ne tenant pas compte des spécificités du pays concernés. « On dit par exemple « Faites votre coming-out, ça libère », mais en Afrique ça ne suffit pas. Les conséquences sont le rejet familial et parfois la prison. Il faut penser stratégie, pragmatisme. Ça passe par l’obtention d’un emploi pour pouvoir s’assumer. Chaque personne a aussi son propre rythme avant de s’accepter », détaille Charles Gueboguo.

Pour ce dernier néanmoins, les GLBT camerounais et ceux des autres pays d’Afrique ont « besoin de tout le monde, tant il y a de failles ». Le réseau international garde toute son importance. Une autre raison de venir à la soirée Black & White.

Black & White
Le 17 août
Hôtel des gouverneurs
1415, rue Saint-Hubert (Station Berri-UQÀM)
18h : Souper VIP
À partir de 22h : Grand bal en présence d’invités surprises
Billets : mtlblackwhite.eventbrite.ca

Crédit photo : Facebook