Les lesbiennes se sont fait entendre à la première Dyke March de Montréal

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Dyke Marche montréal

Parties à 19 h, les manifestantes ont marché du métro Berri, d’abord sur Ste-Catherine en direction du Village. Devant le Drugstore, elles ont écrit sur l’asphalte des messages en craie : « Je suis lesbienne et…. ». Elles ont ensuite monté Plessis, Amherst et Cherrier avant d’envahir la place du métro Mont-Royal par la rue St-Denis, artère d’anciens bars lesbiens. À l’intersection de Mont-Royal et St-Denis, les manifestantes ont fait un « kiss-in » pour commémorer l’attaque lesbophobe qui y a eu lieu il y a deux ans. Sur l’avenue Mont-Royal, les clients des restaurants et les motoristes ont crié leur soutien et klaxonné joyeusement pendant que quelques centaines de manifestantes scandaient des slogans de la fierté lesbienne. Après avoir passé devant la Sala Rosa, lieu phare des soirées Meow Mix, la foule s’est arrêtée devant la clinique Morgentaler, où Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec ,a pris la parole, pour faire un discours sur la contribution majeure des lesbiennes au sein du mouvement féministe.

« C’est drôle de voir comment à Montréal, on est en avance sur certaines choses, mais sur d’autres, on est en retard de 20 ans », a déclaré Miriam Ginestier, directrice du festival Edgy Women et bénévole à la porte de la soirée-bénéfice après la marche lesbienne hier soir. Pour les lesbiennes participantes, y compris des femmes transgenres et lesbienne-identifiées, le « timing » était parfait. Elles y voient une vague de repoliticisation provoquée par le mouvement étudiant, et  par l’effervescence de la communauté queer et trans de Montréal. Dans la foule, des lesbiennes de renom étaient présentes : outre Myriam Ginestier, Gin Bergeron et Diane Herfferman, de même que des militantes de la relève, telle Valérie Simon, de la Radicale Queer Semaine et du Plan Q.

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Être politique sans être enragée

« Il y a eu beaucoup de gens. Il y a eu beaucoup de couverture médiatique, comme dans Le Devoir, le 24H, et le journal Métro. C’est un premier pas pour une nouvelle communauté », s’est réjouie Valérie Simon, très fière de la participation que la Marche a engendrée. « Je pense aussi qu’elle permet aux gens de voir qu’il est possible d’avoir des revendications politiques, sans nécessairement être des anarchistes enragées.  Ce n’est pas juste une orientation sexuelle qui est en cause, c’est le sexisme, l’hétérosexisme aussi. J’espère que ça va continuer, qu’on va continuer de rebâtir une communauté et de nommer les oppressions. Ça va générer un momentum pour  créer des espaces plus politiques. Comme on a vu dans la marche, les lesbiennes plus âgées sont venues avec leurs drapeaux et leurs pancartes, » signale-t-elle.

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La présence des lesbiennes qui ont milité dans les années 1970 et 1980 était pour elle un grand signe de succès. La présence des personnes trans masculines et féminines souligne également l’importance de leurs histoires dans la lutte contre le patriarcat. « Les hommes trans ont eu plus de flexibilité par rapport à leur inclusion dans les mouvements lesbiens, tandis que l’exclusion des personnes féminines a souvent été systémique », et la Marche Dyke représente un rejet de ces exclusions-là, qu’elles jugent transphobes.

 Un party réussi

« On a trippé. Je suis encore sur un nuage, et je pense qu’on a fait quelque chose pour la communauté lesbienne », a déclaré Barbara Legault, l’une des organisatrices. Plus de 300 lesbiennes et alliéEs ont dansé et célébré au Cabaret du Mile-End aux sons de MEN avec JD Samson, venu spécialement de Brooklyn pour l’occasion, suivi des DJ Salivation Army, Tizi et Lynne T du groupe Lesbians on Ecstasy. L’animatrice Alexis O’Hara, en drag king Guizo Lanuit, a fait rire la salle, qui a aussi eu droit aux fabuleuses performances du rappeur Benni E, l’artiste Laura Boo et la dame du burlesque, Miss Sugarpuss.

Crédit photo 1 : Michèle Spieler
Crédit photo 2 et 3 : Rachel Vanier

Article écrit en collaboration avec les sites des magazines Entre Elles et 2B.