Rémi Plourde : épanouissement marin

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Rémi Plourde : Gaspésie et les parcs

Être. Vous demeurez et travaillez en Gaspésie depuis 29 ans. Qu’est-ce qui vous garde encore sous l’égide du souffle marin ?

Rémi Plourde. Au Parc national de l’île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, les thématiques sont très fortes. Le patrimoine naturel, géologique, historique et bâti est peu banal. Vivre dans cet amphithéâtre naturel, entre les contrastes de la mer bleue et de la terre rouge procure un grand sentiment qui ne laisse personne indifférent. C’est ce qui me tient encore en haleine.

Être. Vous êtes un produit du Bas-Saint-Laurent puis vous vous êtes exilé en Gaspésie. Est-ce que les mentalités en ce qui concerne l’homosexualité ont évolué ?

R.P. Depuis 1983, je suis très clairement identifié comme gai, je n’ai jamais vécu dans une garde-robe et j’ai toujours été honnête. L’honnêteté, ça amène le respect, et je crois que le respect commande le respect. De soi. Des autres. Je n’ai donc jamais été écœuré, et il n’aurait pas fallu que je le sois (rire). Moi, je vis dans le microcosme de Percé. 450.000 touristes viennent ici chaque été. Je ne crois pas être le premier gai. Je gère près de 100 employés, et personne n’ignore que je suis homosexuel.

Être. J’imagine que rencontrer quelqu’un pose un semblant de problème quand même…

R.P. C’est évident que nous n’avons pas un immense bassin de population. Moi, je suis un bourreau de travail, donc… Mais j’ai beaucoup d’amis ici, des couples pour la plupart. Quand mes amis de Montréal (parce que j’ai vécu à Montréal pendant près de 20 hivers) me demandent comment c’est, la vie à Percé, je réponds que la solitude est la même qu’en ville. C’est vrai que rencontrer représente un bon défi, mais je ne veux pas vivre dans un ghetto. J’ai autant d’amis hétéros que d’amis gais.

L'un des deux parcs gaspésiens dirigés par Rémi Plourde

Être. Il n’y a donc pas de discrimination. Croyez-vous qu’il est difficile de s’afficher ?

R.P. J’ai senti, quand je suis arrivé, une très grande ouverture. Je suis excessivement choyé, parce que j’ai l’opportunité de m’exprimer ouvertement et librement, sans contrainte, sans me cacher derrière des faux-fuyants. Je ne peux pas parler pour toute la Gaspésie, mais à Percé, en raison du tourisme, à Carleton et à Gaspé, les gens sont très libertins et il y a une communauté qui est bien présente.

Être. Pour vous, quel serait un des grands défis à la communauté de vivre en 2012 ?

R.P. Arrêter de se voiler la face, de se cacher. Je ne sais pas s’ils manquent de caractère, s’ils ont peur ou s’ils manquent de stabilité relationnelle, mais les gens ne se montrent encore. Or, si on veut être compris, on doit savoir qui on est, et on a besoin que les autres le sachent.

Être. Dans votre jeunesse, vous n’avez jamais eu de problème en ce qui concerne votre sexualité ?

R.P. Quand j’étais gamin, différent et pas sportif du tout, oui je me suis fait traiter de « tapette », mais ma mère m’avait dit : « L’jeune, y’a des gens qui t’agacent, c’est parce qu’ils ne comprennent pas. Lève le nez ou r’garde à côté. » Quand tu as saisi ça, tu es enfin libre.

Crédit photos : documents remis.