Sida – Conférence de Washington : au-delà du Truvada…

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Sida - Conférence de Washington : outre le Truvada

Être. Quels seront les grands moments de cette conférence ?

Jean-Pierre Routy. Le congrès sur l’éradication. Vingt-quatre spécialistes, au niveau planétaire, vont publier un texte qui se veut une stratégie dont le but est la guérison du patient. Il a fallu neuf mois pour se mettre d’accord sur cet article qui paraîtra le 20 juillet dans le Nature Review Immunology, la plus importante revue scientifique au monde. L’éradication de l’épidémie devient une priorité, quelque chose d’envisageable.

Être. D’ici combien de temps ?

J-P.R. Certaines personnes parlent de cinq à dix ans, même si on ne peut pas le prouver. Il s’agit de parvenir à cerner totalement ce qu’est ce virus,  comprendre pourquoi il reste toujours un gramme des cellules infectées dans le corps malgré les trithérapies.

Être. Les jours précédant l’ouverture de la Conférence auront été marqués par le oui de la Food and Drug Administration pour la mise en vente du Truvada comme traitement préventif contre le sida. Comment analysez-vous cette nouvelle ?

J-P.R. C’est une grande victoire, un outil de plus dans l’arsenal. Toutefois, son prix est prohibitif (500 dollars par mois), alors qu’on sait que seuls 25% de la population séropositive dans le monde est actuellement sous traitement. Par ailleurs, pour que ça marche, il faut le prendre douze heures avant la relation à risque. Est-ce que quelqu’un qui sort en boîte ou qui va au sauna l’aura pris autant de temps auparavant ? Son application sur une grande partie de la population me semble donc illusoire. Il faut concentrer nos efforts ailleurs.

Être. C’est-à-dire ?

J-P.R. Aux États-Unis, par exemple, chez 28% de séropositifs seulement le virus est dit indétectable, ce qui signifie que, parce qu’ils sont traités, il y a 98% de chances pour qu’ils ne contaminent pas leur(s) partenaire(s). Pour notre société, je pense donc qu’il faut tout faire pour trouver les séropositifs, les traiter tous. La première urgence, c’est de diagnostiquer,de faire rentrer le séropositif dans les soins et d’inventer une thérapie qui un jour permettra de guérir du VIH/sida.

Être. Les États-Unis ont également mis en vente un test que l’on peut faire chez soi. N’est-ce pas là aussi un pas en avant ?

J-P.R. C’est intéressant pour les États-Unis car, dans ce pays, il faut payer pour voir un médecin. Au Canada, l’utilité est moindre, surtout que ça signifie que la personne porterait seule le poids de cette nouvelle. Se découvrir séropositif reste une des choses les plus tristes dans une vie. Il y a besoin d’une relation humaine, de quelqu’un d’expérimenté qui pourra apporter un véritable soutien à ce moment-là. Ça ne doit pas forcément se passer dans un endroit médicalisé. On peut mettre ça entre les mains d’organismes communautaires, comme c’est un peu le cas à Montréal.

Crédit photo : Jayel Aheram.