Un été chaud? Le rouge, première couleur de notre drapeau

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22 mai, grève étudiante, manifestation, loi 78, gouvernement du Québec, Jean Charest

À moins que le gouvernement Charest ne se rende à l’évidence que son attitude répressive jette constamment plus d’huile sur le feu et qu’il n’écoute tous ceux et celles qui lui demandent depuis des mois de revoir ou de surseoir à sa décision d’augmenter de 82% les frais de scolarité universitaire, nous nous préparons à un été chaud.

Avec la loi 78, que nous soyons étudiants ou pas, que nous soyons contre ou pour la hausse, nous sommes interpellés comme tous les citoyens et citoyennes du Québec par cette suspension brutale des libertés fondamentales. En une nuit, le gouvernement libéral a détruit les acquis de 50 ans de syndicalisme étudiant au Québec, en niant le droit de grève aux étudiants et en menaçant des pires sanctions autant les personnes, les organisations ou les fédérations qui oseront défier sa loi jugée par plusieurs comme anticonstitutionnelle. Cela va des amendes salées à la suspension de la perception des cotisations étudiantes, portant atteinte à la survie même des associations étudiantes récalcitrantes, violant ainsi autant la liberté d’expression, la liberté d’association que le droit de manifester, dont nos universités sont censées être des havres. En une nuit, avec l’appui de la nouvelle opposition, la soi-disant Coalition avenir Québec, le gouvernement libéral a restreint également le droit de tous les citoyens de manifester pacifiquement en le soumettant à l’arbitraire policier, à une police dont les autorités en place sont, en ultime analyse, les grands patrons, une violation flagrante de ce droit fondamental.

Notre communauté ne peut rester impassible devant cette attaque contre le mouvement étudiant. Dans notre lutte depuis les années 1970 contre la répression policière et pour nos droits, le mouvement étudiant a été l’un des premiers mouvements sociaux à se tenir de nos côtés.  Depuis mes premiers combats dans le mouvement étudiant au cégep à la fin des années 1970, j’ai toujours été témoin de la solidarité étudiante pour nos luttes. Dès les années 1980, les associations étudiantes (dont la mienne au cégep du Vieux-Montréal ) ont appuyé la création de comités gais et lesbiens sur les campus pour combattre les préjugés. Depuis les années 1980, le mouvement étudiant s’est engagé dans la lutte contre le sexisme, puis contre l’homophobie. Aux débuts des années 1990, mon association étudiante à l’UQAM fut l’une des premières à soutenir financièrement la création de la Fondation d’aide directe SIDA Montréal. Encore aujourd’hui, les associations étudiantes sont les principaux soutiens des comités GLBT dans les institutions scolaires qui nous donnent la chance bien souvent de sortir de l’isolement au moment où nous découvrons notre sexualité. Sans leur combat inlassable pour l’accessibilité à l’éducation, un grand nombre de jeunes de nos communautés en rupture avec leurs parents au moment d’affirmer leur sexualité ne pourraient aujourd’hui avoir accès à l’éducation postsecondaire. Permettre au gouvernement d’écraser le mouvement étudiant militant et engagé que nous avons au Québec serait contribuer à détruire un des mouvements sociaux qui nous a aidé à conquérir les droits et libertés dont nous jouissons maintenant. Il est temps pour nous de rendre au mouvement étudiant la solidarité qu’il a toujours manifestée à notre égard.

Au moment où l’Assemblée nationale adoptait cette loi infâme, il était extrêmement gênant que le Gala Les Bâtisseurs organisé par Fierté Montréal dans le cadre de la journée contre l’homophobie honore les ministres Fournier et Weil qui votaient cette loi. Surtout quand on entend partout dans les médias le ministre de la «Justice» nier le droit de grève des étudiants en réduisant le droit à l’éducation à sa seule dimension individuelle et légitimer les attaques à leur droit d’association. J’ai tout simplement décidé de m’abstenir de participer à un tel événement.

Devant une telle attaque contre le mouvement étudiant, ce ne sont pas les miettes que nous lance le gouvernement dans le cadre de la politique contre l’homophobie (le ministre Fournier reconnaissant lui-même que sa politique ne répondait qu’à 20% des besoins identifiés par les associations GLBT) pour gagner nos votes qui sauraient justifier notre silence. Il était déjà extrêmement embarrassant d’applaudir un gouvernement qui s’est traîné les pieds pendant huit ans dans ce dossier dont on ne doit l’aboutissement qu’à la persistance de notre communauté. Cela devient totalement insupportable dans le contexte actuel. Comment pourrions-nous marcher fièrement cet été aux côtés des fossoyeurs de nos libertés fondamentales?

Je vous invite à vous solidariser avec le mouvement étudiant et à contribuer à rendre la loi 78 inapplicable. À cet égard, j’ai créé le groupe Facebook «GLBT contre la hausse des frais de scolarité» et si la loi n’est pas retirée, j’annonce que ce magazine, de même que tous ceux du Groupe HMX, participera aux marches de la fierté sous ce thème. À Montréal, alors que le défilé honorera notre drapeau arc-en-ciel, nous nous ferons fort de rappeler que le rouge est la première couleur de notre étendard. Il symbolise le fait que notre mouvement est né et s’est développé dans la lutte contre l’homophobie et la violation de nos libertés fondamentales, ainsi dans la rébellion contre les dogmes et institutions hétérosexistes et les dérives autoritaires. Dans cet esprit, je crois que nous devons refuser dans nos activités et a fortiori dans nos marches de la fierté la présence des représentants et représentantes de ce gouvernement qui est la HONTE du Québec tant et aussi longtemps que la loi 78 sera en vigueur.

Crédit photo: Socialist Canada, Socialist Quebec’s