Culture

Elisha Lim : dessiner l’entre-deux

par Shawn Thompson le 29 décembre 2011

À 33 ans, Elisha Lim, qui a grandi à Toronto avant de passer son adolescence à Singapour, est allé* en Europe pour sortir du placard. Il y a eu l’Allemagne, l’Angleterre et même l’Australie, avant de revenir en Ontario pour s’installer finalement à Montréal. Le portraitiste a récemment exploré la féminité dans son calendrier Sissy, ainsi que l’expression de la masculinité dans son livre « 100 Butches » (sortie en janvier 2012), portraits de ce type de lesbiennes qui ont séduit ou fasciné l’artiste.

Elisha Lim 100 Butches Dessin Book

Le travail de l’illustrateur Elisha Lim offre un regard intime et en quelque sorte naïf sur la communauté queer, en y investissant ses différentes formes d’expressions à l’aide d’un crayon. Rencontre avec un artiste pour qui les figures et les corps émergents deviennent des portraits qui témoignent de la diversité sexuelle, au-delà des genres ou des sexes.

Entre Elles. Avez-vous toujours dessiné ?

Elisha Lim. Non, pas du tout ! Cela est arrivé récemment. En fait, c’est une bonne histoire : je suis allé voir une diseuse de bonne aventure à Toronto. Elle m’a dit : « Tu as trois arts dans ta vie. L’écriture : oublie ça, tu vas échouer. Le second est plus près de ton cœur, la musique. Oublie ça, tu vas échouer. Le dernier est celui que tu ne pratiques pas et c’est celui qui va être le bon, ce sera ta carrière et ta profession. C’est le dessin. »

Entre Elles. Et c’est ce qui s’est réalisé ?

E.L. Entièrement. Je voulais être journaliste politique, ensuite musicien et les deux ont échoué. Puis, à Londres, alors que j’avais un travail terrible, j’ai vu que DIVA magazine cherchait un artiste de B.D. queer. Pendant la nuit, j’ai dessiné trois portraits sur ma table de cuisine qui sont à l’origine de 100 Butches et ça a été un succès instantané.

Entre Elles. Pourquoi décider de travailler sur la subculture Butch ? Ce n’est pas un sujet très populaire en ce moment…

E.L. Non, en effet. Même la plupart de mes modèles me l’ont dit : « Je ne suis pas Butch, mais je veux être dans ton livre. » L’idée de Butch est dépassée, c’est comme si c’était un genre de « secret coupable » pour beaucoup. Voilà qui pourrait expliquer la popularité du livre… Pour une raison quelconque, les gens veulent lire sur le sujet, je ne sais pas si c’est une faiblesse que nous ne voulons pas admettre, cette curiosité de la masculinité. Je crois que nous avons tous des moments où nous nous sentons Butch ou attirés par ce type de femmes. Il y a là quelque chose qui nous est familier.

100 butches par Elisha Lim

Entre Elles. Que souhaitez-vous dire avec la publication de 100 Butches ?

E.L. J’espère que ça aide à créer un sentiment nouveau d’estime de soi, de bonheur et de fierté pour les queer racialisés, qu’ils puissent y trouver des modèles. Cependant, d’habitude je garde ces pensées pour moi, car je crois que le message est inhérent à mon travail et qu’il n’est pas nécessaire de le souligner.

Entre Elles. Dans les notes en bas de page que vous apportez à l’introduction d’Alison Bechdel, vous corrigez son utilisation de pronoms féminins pour vous désigner. Vous préférez les pronoms neutres pour vous-mêmes. Pourquoi ?

E.L. Je crois que j’ai senti un déclic il y a bien longtemps. Je voyais que ma gardienne était très androgyne. Elle ne m’apparaissait pas vraiment comme une fille, même chose pour mon prof de mathématique et pour ma grand-tante. J’ai vu très jeune qu’il y avait plusieurs personnes dans une même personne et j’ai compris qu’ensuite, le langage survient et nous force à choisir entre deux choses. J’ai entendu une fois quelqu’un lancer : « Je prends ma retraite ! Je ne suis pas bon à être ‘lui’ et pas bonne à être ‘elle’. »

Moi aussi, je me situe dans le milieu.

Publié par Magnus Books, 100 Butches (première partie) paraîtra en janvier 2012 et sera disponible sur Amazon.com, au prix de 17,95 $.

Voir elishalim.com pour vous procurer le Sissy Calendar ou tout autre produit ou renseignement.

* À sa demande, nous utilisons le masculin pour parler d’Elisha Lim.

Crédits photos: documents remis.

À lire également :

0 commentaire

Soyez le premier à donner votre avis sur cet article en utilisant le formulaire ci-dessous :

Articles les + lus

  1. Ariane Moffatt au grand jour
  2. Des activités les 16 et 17 mai pour la Journée internationale contre l’homophobie
  3. Les coupes de cheveux lesbiennes: une manière de s’identifier
  4. Que faire cette semaine? Écoutez le folk trash de Zara Ahmed, dansez dans une ancienne piscine et hurlez vous aussi que «la vie c’est d’la maaaaarde»
  5. Que faire cette semaine? Dansez contre l’homophobie, contre le gouvernement, ou dansez tout court.
  6. Beth Ditto annonce son mariage
  7. Des trans maltraités par le personnel de la santé
  8. Ariane Moffatt lance le clip In Your Body
  9. Ariane Moffatt chante contre le gouvernement
  10. Le travail de la photographe sud-africaine Zanele Muholi volé dans son appartement

En direct sur Twitter

Derniers articles

  1. Ariane Moffatt chante contre le gouvernement
  2. Que faire cette semaine? Dansez contre l’homophobie, contre le gouvernement, ou dansez tout court.
  3. Ariane Moffatt lance le clip In Your Body
  4. Le travail de la photographe sud-africaine Zanele Muholi volé dans son appartement
  5. Des activités les 16 et 17 mai pour la Journée internationale contre l’homophobie
  6. Vidéo – Albanie : des cyclistes gais contre les homophobes
  7. Des trans maltraités par le personnel de la santé
  8. Que faire cette semaine? Écoutez le folk trash de Zara Ahmed, dansez dans une ancienne piscine et hurlez vous aussi que «la vie c’est d’la maaaaarde»
  9. Barack Obama dit oui au mariage gai
  10. Beth Ditto annonce son mariage

Rejoignez-nous !

Archives PDF

Retrouvez également les éditions imprimées de notre revue, au format PDF :