Édito : une laïcité à définir
Quand on milite pour l’égalité des femmes, et a fortiori pour l’égalité des lesbiennes, bisexuelles et trans, on fait constamment face aux tentatives des forces religieuses conservatrices (notamment celles des intégristes) d’imposer leurs visions patriarcales, sexistes et homophobes à la société. On l’a vu dans la lutte pour le droit à l’avortement, dans le combat pour la reconnaissance des couples de même sexe, pour celle de l’homoparentalité et dans la lutte à l’échelle internationale pour la dépénalisation de l’homosexualité.

Des lobbys de forces religieuses, le plus souvent à couteaux tirés dans leur dogme respectif, ont ainsi fait front commun contre nos droits à l’échelle nationale comme à l’ONU et dans les organismes internationaux. Leur but : continuer à imposer leurs visions rétrogrades de la sexualité humaine.
La laïcité de l’État qui découle du principe démocratique de la séparation des Églises et de l’État, est encore plus pour nous une garantie de nos libertés. Au Québec, dans le cadre constitutionnel canadien ambigu de la monarchie constitutionnelle de droit divin, la laïcité de l’État n’est aucunement définie et encore moins garantie.
Un prochain jugement déterminant
Les tribunaux ont défini vaguement la « neutralité » de l’État face aux diverses religions tout en nous rappelant que la Charte canadienne des droits et libertés reconnaît « la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». Une telle vision accorde de facto une place de choix à la liberté religieuse.
La Cour Suprême du Canada aura à cet égard à trancher en 2012 entre la liberté religieuse du propagandiste Whatcott de diffuser sa hargne homophobe basée sur la condamnation de l’homosexualité dans la Bible et la protection accordée par nos Chartes aux droits des lesbiennes, gais et bisexuels. La Cour d’appel de la Saskatchewan a déjà donné raison au propagandiste homophobe. On se demande comment la Cour suprême pourra réussir la quadrature du cercle de réconcilier la liberté religieuse des intégristes et le droit à l’égalité des minorités sexuelles, tout en reconnaissant « la suprématie de Dieu et la primauté du droit ».
Comme dans le débat sur les « accommodements raisonnables » pour motifs religieux qui ont mené à la réintroduction de pratiques sexistes, le caractère ambigu de la neutralité de l’État risque ici de favoriser les intégristes religieux.
Au moment où le pouvoir, à Ottawa, est entre les mains des conservateurs inféodés aux intégristes chrétiens, où un projet de loi privé d’un député de ce parti vise à éliminer les protections contre la propagande haineuse dans la loi canadienne des droits de la personne, le jugement de la Cour suprême pourrait bien faire reculer pour longtemps la possibilité de lutter efficacement contre l’homophobie.
Comment aller de l’avant ?
Alors que la liberté d’expression devrait, dans un état démocratique, être limitée par le droit à la dignité et à l’égalité de toutes et tous, la « neutralité » canadienne nous rappelle la nécessité de compléter le processus de laïcisation de l’État. L’ambiguïté facilite la tâche de ceux qui souhaitent nous voir régresser et nous ramener à la maison et au placard.
La question est donc posée : comment aller de l’avant pour mieux définir la laïcité dont le Québec a besoin ? Dans ce numéro, nous avons ouvert nos pages à des femmes, à des féministes qui interviennent dans ce débat, de façon à alimenter le débat et notre réflexion.
Bonne lecture et… Joyeuses Fêtes!
Crédits photo: DubyDuby2009.
Août 2011 (6.5 Mo)
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Avril 2012 (10.4 Mo)
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