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    Débat (1/3): «Faire le choix d’une laïcité ferme et exigeante »

    par Joëlle Girard le 22 décembre 2011

    La question de la laïcité soulève les passions et touche de multiples enjeux, dont l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits LGBT. Certaines voix expriment leur appui à un modèle de laïcité « stricte », hérité du républicanisme français. D’autres préfèrent le modèle inspiré par le communautarisme britannique. Que doit choisir le Québec, qui ne s’est toujours pas doté d’une charte de la laïcité ? Louise Mailloux, professeure de philosophie, est la première des trois spécialistes à répondre.

    louise mailloux laïcité LGBT lesbienne

    Entre Elles. Dans votre texte Une laïcité menacée, vous comparez le principe de laïcité « ouverte » à un cheval de Troie. Quels sont les dangers de cette option pour les femmes ou les LGBT ?

    Louise Mailloux. La laïcité, c’est la volonté de séparer la religion de la politique pour empêcher une église d’imposer à toute la société civile ses propres valeurs. La laïcité ouverte est tout sauf une véritable laïcité, puisque sous couvert d’ouverture et de tolérance, elle permet l’intrusion du religieux dans nos institutions publiques. Ça revient à ramener subtilement la religion dans la sphère civique et politique. Or, toutes les religions infériorisent les femmes et condamnent l’homosexualité. Il devient donc périlleux, particulièrement pour les femmes et les LGBT, de laisser les religions pénétrer la sphère politique. Ce serait accorder une légitimité à des organisations sexistes et homophobes.

    Entre Elles. Selon vous, de quel type de laïcité devrait se prémunir le Québec ?

    L. M. Nous devons donc faire le choix d’une laïcité ferme et exigeante qui maintiendra la religion dans la sphère privée. C’est la seule façon de préserver des droits qui nous sont chers et qui ont été gagnés de haute lutte par les femmes et les LGBT.

    Entre Elles. Une laïcité d’inspiration républicaine pourrait-elle endiguer des drames comme ce crime d’honneur qui a frappé la famille Shafia en Ontario ? Devrions-nous aller jusqu’à imposer un quota sur le nombre d’immigrants comme François Legault le propose ?

    L. M. Endiguer complètement, non. D’ailleurs, les cas de crimes d’honneur sont en augmentation au Canada et on peut supposer que davantage d’immigration signifie plus de crimes d’honneur. Mais je ne crois pas que l’imposition d’un quota est une solution. Il faudrait mieux informer les immigrants sur nos valeurs, sur les droits des femmes et des LGBT plutôt que d’enlever du guide d’Immigration Canada la mention de ces droits, comme l’a fait le gouvernement de Stephen Harper. Il faudrait tenter de rejoindre les femmes immigrantes pour les aviser de ces droits et de l’existence de services juridiques et sociaux offrant un support extérieur à leur communauté. Surtout, nous devons éduquer tous les jeunes, dès l’école primaire, sur ces questions primordiales de citoyenneté.

    Entre Elles. Vous êtes très critique vis-à-vis de la gauche, spécialement envers Québec solidaire, sur cette question. Pourquoi ? 

    L. M. Québec solidaire, comme le Parti libéral d’ailleurs, défend la laïcité ouverte aux religions. QS ne se fait pas prier pour dénoncer l’intégrisme chrétien, mais quand vient le temps de critiquer celui des minorités ethno-religieuses, particulièrement l’islam politique, ce parti abandonne curieusement le combat laïc, appuyant même le port du voile islamique dans nos institutions publiques. Mais quoi de plus sexiste que ce fameux voile ? On ne peut pas se dire un parti féministe et défendre la diversité sexuelle tout en cautionnant des religions qui oppriment les femmes et bafouent les droits des LGBT. Quelle hypocrisie ! Faire cela au nom de l’ouverture et de l’intégration économique n’est pas un argument acceptable.

    Entre Elles. Vous nous mettez en garde contre le système d’accommodements raisonnables qui, selon vous, semble davantage soucieux de protéger la liberté de religion plutôt que celle des femmes et des LGBT. Un tel système pourrait-il mener ces catégories à se retourner vers les positions plus fermes de la droite quant à l’immigration?

    L. M. Les intégristes ne se retrouvent pas uniquement parmi les immigrants. Les évêques catholiques et la droite religieuse canadienne qui sont montés aux barricades en 2004 pour s’opposer au mariage gai n’étaient pas des immigrants. Nous avons, nous aussi, notre lot d’intégristes qui représentent un puissant lobby auprès du gouvernement canadien. Et ce serait une grave erreur de la part des LGBT que de les ignorer, en pensant plutôt qu’il n’y a que les immigrants qui sont concernés. Il faut être vigilant vis-à-vis tous les intégrismes religieux, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.

     

    PRÉSENTATION DE LOUISE MAILLOUX :

    Professeure de philosophie au cégep du Vieux Montréal, chroniqueuse à l’aut’journal. Elle est l’auteure de La laïcité, ça s’impose ! (éd. du Renouveau québécois, 2011). Elle a collaboré au Dictionnaire de la laïcité (Armand Colin, 2011), de même qu’à l’ouvrage Le Québec en quête de laïcité (Écosociété, 2011). Elle tient un blogue sur http://louisemailloux.wordpress.com.

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