Culture

Ana : histoire de femmes à l’Espace GO

par Rédaction Entre Elles le 28 novembre 2011

Fille de déesse, douée d’un don de dédoublement (devenant à chaque fois une personne différente qu’elle ne contrôle pas et qui parle une autre langue), Ana se retrouve tout au long de l’Histoire, y exprimant sa rage, sa dépression et ses élans amoureux. Ce projet audacieux est mis en scène par Serge Denoncourt et présenté à l’Espace GO du 22 novembre au 10 décembre, après avoir été écrit à quatre mains, par l’Écossaise Clare Duffy et le Québécois Pierre Yves Lemieux. Ce dernier s’est confié à Être, à quelques heures de la grande première.

Ana pièce Espace GO

Dans quel contexte avez-vous créé cette pièce ?

Pierre Yves Lemieux. En 2009, Claire Schapiro, la directrice artistique de Imago Théâtre, m’a proposé d’écrire un projet dans le cadre d’une coproduction Écosse/Québec. Le point de départ était d’écrire à quatre mains avec l’auteure Clare Duffy à partir du mythe de la déesse Inanna. Le spectacle devait aborder la dépression féminine, puis s’est finalement concentré sur des personnages de femmes que l’on voit pendant une période d’exaltation.

 Comment décririez-vous Ana ?

PY.L. C’est une femme qui symbolise la réminiscence du passé. Enfant, bien que fille de déesse, elle a été abandonnée sur un rocher, lors de la création du monde. Toutes les autres Ana portent ce deuil-là. Tout ce que chaque femme fait est relié à cet abandon puis aux gestes qu’Ana commet, tout au long des siècles, du meurtre de son enfant à ses relations amoureuses. Elle demeure la même, avec ses qualités (elle possède un pouvoir d’attraction incroyable et porte une vraie révolte en elle) et ses défauts. Elle est l’illustration de la condition humaine.

On peut donc parler d’un personnage incarnant un vrai pessimisme, n’arrivant à pas échapper à son passé ?

PY.L. On parle du futur aussi ! Moi, je suis toujours optimiste (rire). En fait, ce n’est pas seulement le passé ou l’avenir, on est dans le temps présent. Il y a également des événements heureux, puisque Ana tombe en amour. C’est la toute la beauté de la vie. Voilà ce que je voudrais voir ressortir de cette pièce : la vie n’a aucun sens, mais elle est fantastique. À trop lui chercher un sens, on finit par la rater. Il faut donc en profiter.

Il est surtout question de femmes dans cette pièce. Avez-vous imaginé, à un moment donné, qu’Ana pourrait se dédoubler en homme ?

PY.L. Oui, l’idée m’est venue, mais ça a déjà été fait avant nous, je pense notamment au Orlando de Virginia Woolf. Puis j’ai réalisé qu’on n’en avait pas besoin : avec autant de personnages féminins, j’en avais déjà assez. Ça n’aurait apporté rien de plus. Ana a des comportements qu’on pourrait décrire comme masculins. C’est une pièce sur l’être humain, pas sur les femmes ou sur les hommes. Quand on parle de l’un, on parle forcément de l’autre.

Comment s’est passée l’adaptation de votre texte avec Serge Denoncourt ?

PYL. Très bien. Nous avons beaucoup travaillé ensemble ces dernières semaines. Il est impliqué dans le projet depuis longtemps. C’est lui qui avait soufflé mon nom à Claire Schapiro. Il a voulu transposer dans notre texte dans un cirque miteux, presque un freak show, dont Ana est le centre d’attention. En 2012, elle y est présentée comme un monstre par le propriétaire du cirque.

Ana
Mise en scène de Serge Denoncourt
Texte de Clare Duffy et Pierre Yves Lemieux
Avec Catherine Bégin, Magalie Lépine Blondeau, Alain Goulem, Dominique Leduc, Selina Boyack, Lisa Gardner et Frances Thorburn
Espace GO
Du 22 novembre au 10 décembre 
espacego.com

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