Modes de vie

Le Mile-end, au cœur de la vie queer

par Joëlle Girard le 13 octobre 2011

Ayant la réputation d’un véritable « queer magnet » à travers le Canada, le Mile-end fait jaser les curieux d’ici et d’ailleurs. Plus qu’un simple quartier, il est en effet devenu un lieu de rassemblement pour la communauté queer ainsi que bon nombre de lesbiennes. Entre Elles vous propose donc un tour d’horizon afin de découvrir ce qui fait le charme de ce quartier authentique.

Meow Mix pour Projet 10 : Crédits_Laura_Beeston

Les touristes fraichement débarqués à Montréal – comme ailleurs – ont tous le même réflexe : scruter la carte de la ville. Alors que la majorité d’entre eux cherchent d’emblée à localiser le quartier des spectacles ou encore le quartier chinois, les gais et les lesbiennes lorgnent sans doute du côté du Village, curieux à l’idée d’expérimenter les aléas d’une vie gaie « étrangère ».

« Depuis 2000, sur toutes les cartes distribuées, le Village est inscrit », explique Tanya Churchmuch, directrice adjointe en charge du marché gai et lesbien à Tourisme Montréal, ajoutant que Montréal figure parmi les trois premières villes au monde à avoir ciblé la clientèle LGBT au niveau touristique.

« Le Village, c’est hyper important pour les touristes puisque c’est facile à trouver, mais après y avoir passé une soirée, certaines personnes se demandent où aller pour trouver quelque chose qui leur ressemble davantage », précise-t-elle. Et visiblement, parmi ceux et celles qui s’étaient imaginé un eldorado LGBT différent du Village figure bon nombre de lesbiennes. Tanya Churchmuch leur propose alors une virée dans le Mile-end qui, comme le Plateau autrefois, « est bien différent de ce qu’on voit dans le Village, secteur qui ne répond pas toujours aux besoins de bien des filles ».

En famille sur le Plateau

Le besoin des lesbiennes de se rassembler dans un lieu différent du Village remonte à la décennie 70. Diane Heffernan, militante de longue date, coordonnatrice du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ) pendant 15 ans et documentariste de la vie lesbienne depuis le début des années 70, souligne qu‘à l’époque, le Plateau Mont-Royal était connu comme le repère officieux des lesbiennes. Accueillant plusieurs librairies féministes – la librairie des Femmes d’ici, l’Aubépine, l’Essentielle et l’Androgyne – ainsi que divers bars exclusivement lesbien – l’Exit, le Lilith et le Labyris – le Plateau était autrefois le centre de la vie lesbienne.

« Si on ne croisait pas 10 lesbiennes en marchant un coin de rue sur le Plateau, on n’en croisait pas une », blague-t-elle. « Dans le village, tous les bars pour lesbiennes appartenaient à des hommes. Pourtant, les lesbiennes avaient besoin de se retrouver entre elles pour tisser des liens. Il ne faut pas oublier que beaucoup de filles avaient été reniées par leurs parents et la communauté devenait ainsi leur famille. Mais dans le Village, on ne retrouvait pas cet esprit de famille, on a donc voulu créer nos propres lieux de rencontres », se rappelle-t-elle.

Du Plateau au Mile-end

Toujours selon Diane Heffernan, c’est l’accessibilité aux logements à prix modiques qui a amené les lesbiennes à s’établir d’abord sur le Plateau. « Ça commence toujours par les artistes », lance-t-elle, ajoutant que c’est autour des lieux dont se dotent ces artistes que le reste de la communauté s’agglutine. Mais « le Plateau a fini par se gentrifier, forçant les lesbiennes, les queers et les artistes sans le sous à chercher ailleurs les prix abordables ».

Pour elle, c’est donc le même effet « boule de neige » qui conduit le Mile-end, comme le Plateau autrefois, à devenir aussi important pour la communauté queer et lesbienne. Elle souligne toutefois que les lesbiennes ont toujours eu leur place dans le Mile-end, et ce, depuis les années 70 alors que plusieurs d’entre elles y résidaient. Elle perçoit donc le phénomène qui prend d’assaut le Mile-end comme « une expansion plutôt qu’un déplacement de la communauté».

Une communauté queer en ébullition

Grâce à son expérience pointue de la vie gaie, lesbienne et queer à Montréal, Tanya Churchumuch confirme d’ailleurs cet engouement pour le quartier. « Dans le Mile-End, on retrouve une foule de gais, de lesbiennes et de queers qui n’est pas du tout la même que dans le Village. Bien sûr, il y a depuis longtemps le Meow Mix à la Sala Rossa, le Faggity Ass Fridays au Playhouse, le Roller Derby et le Cagibi, par exemple, mais depuis trois ans, on sent une véritable expansion. Il suffit qu’une lesbienne ouvre un commerce ou lance une soirée et ça s’enchaine. Maintenant, il y a les soirées Pompe, Amène ta blonde, Pink28, Tease et bien sûr le Royal Phoenix… » Toute cette activité de la communauté concentrée dans le quartier confirme, selon elle, la vigueur de la communauté, mais aussi le pouvoir d’attraction particulier du Mile-end.

Au-delà de la communauté queer qui a investi le quartier, Tanya Churchmuch souligne aussi que ce qui distingue véritablement le Mile-end est son caractère authentique dû à la diversité des résidants. « La façon dont je perçois le Mile-end est similaire à celle dont je perçois le secteur de Wiliamsburg, dans le quartier de Brooklyn à New York, explique-t-elle. Wiliamsburg et le Mile-end sont tous deux composés d’un mélange assez particulier, entre juifs hassidiques, hipsters, lesbiennes, queers, familles de jeunes professionnels branchés et un multiculturalisme certain. Ces gens ont tous des mentalités très différentes et le mélange se fond en un environnement ouvert, remplit de petites boutiques et de restos typiques, où on se fout de l’orientation des autres. » Ce à quoi elle s’empresse d’ajouter que « le Mile-end est un quartier amusant et accueillant ».

Crédits photo : Laura Beeston

À lire également :

0 commentaire

Soyez le premier à donner votre avis sur cet article en utilisant le formulaire ci-dessous :

Articles les + lus

  1. Ariane Moffatt au grand jour
  2. Des activités les 16 et 17 mai pour la Journée internationale contre l’homophobie
  3. Les coupes de cheveux lesbiennes: une manière de s’identifier
  4. Que faire cette semaine? Écoutez le folk trash de Zara Ahmed, dansez dans une ancienne piscine et hurlez vous aussi que «la vie c’est d’la maaaaarde»
  5. Que faire cette semaine? Dansez contre l’homophobie, contre le gouvernement, ou dansez tout court.
  6. Beth Ditto annonce son mariage
  7. Des trans maltraités par le personnel de la santé
  8. Ariane Moffatt lance le clip In Your Body
  9. Ariane Moffatt chante contre le gouvernement
  10. Le travail de la photographe sud-africaine Zanele Muholi volé dans son appartement

En direct sur Twitter

Derniers articles

  1. Ariane Moffatt chante contre le gouvernement
  2. Que faire cette semaine? Dansez contre l’homophobie, contre le gouvernement, ou dansez tout court.
  3. Ariane Moffatt lance le clip In Your Body
  4. Le travail de la photographe sud-africaine Zanele Muholi volé dans son appartement
  5. Des activités les 16 et 17 mai pour la Journée internationale contre l’homophobie
  6. Vidéo – Albanie : des cyclistes gais contre les homophobes
  7. Des trans maltraités par le personnel de la santé
  8. Que faire cette semaine? Écoutez le folk trash de Zara Ahmed, dansez dans une ancienne piscine et hurlez vous aussi que «la vie c’est d’la maaaaarde»
  9. Barack Obama dit oui au mariage gai
  10. Beth Ditto annonce son mariage

Rejoignez-nous !

Archives PDF

Retrouvez également les éditions imprimées de notre revue, au format PDF :