Modes de vie

Couple lesbien et homoparentalité

par Joëlle Girard le 9 août 2011

Voici les témoignages de Linda et de Nancy, toutes deux âgées de 46 ans. Le couple, ensemble depuis bientôt 13 ans, a fait le choix de fonder une famille et de participer ainsi à la déconstruction des préjugés envers l’homoparentalité, une lutte qui est encore à livrer dans notre société.

Dès les premiers instants, l’air rieur et convivial des deux femmes témoigne de la connivence qui les unit. Et cette harmonie toute simple qui se dégage du couple rayonne visiblement sur l’ensemble de la vie familiale. Entre le bain de 19 heures et les dessins animés du soir, Linda et Nancy ont accepté de faire une pause et de raconter leur histoire.

D’amies d’enfance à famille homoparentale

« On s’est connues sur les bancs d’école, vers l’âge de 14 ou 15 ans, et on est tout de suite devenues les deux meilleures amies du monde, débute Linda. Ensuite, j’ai eu des chums, Nancy aussi. Elle a même vécu pendant huit ans avec son dernier conjoint. Mais à un moment donné, elle m’a confié qu’elle se pensait bisexuelle ». Après ces questionnements, Nancy met fin à sa relation et, pour traverser cette période de transition, elle emménage chez sa meilleure amie. « Elle est venue habiter chez moi avec ses deux sacs verts, et elle n’est jamais repartie », blague Linda.

Redoutant les réactions de leurs familles et de leurs amis, Linda et Nancy ont d’abord vécu leur histoire d’amour dans l’ombre. Pourtant, incapable de soutenir une telle pression, Linda est sortie du placard au bout de six mois, annonçant la nouvelle à sa mère, d’origine italienne… « Au début, elle a eu de la difficulté à l’accepter, mais il faut se replacer dans son contexte, elle a 75 ans », précise Linda. Et ce premier pas a finalement encouragé Nancy à en faire autant de son côté, entre autres avec son frère Mario dont elle appréhendait la réaction. Heureusement pour le couple, tout s’est bien déroulé.

Après environ deux ans de vie commune, Linda a évoqué l’idée d’avoir des enfants : « J’ai toujours su que j’en voulais, raconte-t-elle. Nancy savait à quel point j’aimais les enfants, ça n’a jamais été une surprise, mais elle hésitait plus que moi ». Au bout de quelques mois de réflexion, Nancy accepte de se lancer dans l’aventure avec Linda. Le couple tente alors l’expérience de la clinique de fertilité, mais après un essai, et voyant les coûts élevés de l’insémination, les deux femmes cessent les démarches. Elles se tournent plutôt vers l’adoption au Québec, processus qui leur semble plus simple et moins coûteux que l’adoption internationale.

L’arrivée de River

À ce moment, les réactions de leur entourage ont été diverses. En fait, la vaste majorité de leurs parents et amis étaient ravis à l’idée que les deux femmes veuillent fonder une famille, excepté la mère de Linda et le frère de Nancy, Mario. La mère de Linda, soucieuse du bien-être de l’enfant, soutenait à l’époque que les enfants de familles homoparentales « arrivaient au monde avec un problème ». De son côté, Mario avait beaucoup de difficulté à expliquer pourquoi, mais « pour lui, ça ne passait pas, on pouvait être gaies, mais on ne pouvait pas avoir d’enfants », explique Nancy.

Pourtant, cette résistance n’a pas duré après l’arrivée de River, alors âgé de cinq semaines. « Je n’avais pas l’ombre d’un doute que dès qu’il y aurait un enfant dans la maison, les craintes de ma mère s’effaceraient », affirme Linda, évoquant au passage le fait que celle-ci a beaucoup évolué depuis. De son côté, Nancy connaissait bien la sensibilité de son frère : « Quand il est arrivé du Lac-Saint-Jean pour voir River, il l’a pris dans ses bras et j’ai senti tout de suite qu’il l’aimait déjà », se rappelle-t-elle. « Aujourd’hui, sur son fond d’écran, on voit une photo de lui et de River, rigole Linda. Ce n’est pas très inquiétant, tu sais »…

Ainsi, outre quelques premières réactions un peu réfractaires, les deux femmes s’entendent pour dire que le jour où River est arrivé, tout le monde était carrément « euphorique », parents et amis se succédant jusqu’à tard le soir pour venir partager le bonheur de la nouvelle famille.

La vie de famille

Aujourd’hui, Linda, Nancy et River profitent d’une vie familiale épanouie et le jeune garçon, qui fêtera bientôt son cinquième anniversaire, est déjà au fait de sa situation. « Il sait qu’il a deux mamans. On lui raconte d’où il vient, les visites qu’on lui rendait avant qu’il arrive à la maison. Depuis qu’il est tout petit, on lui raconte son histoire. Un jour, il posera plus de questions et on continuera de lui expliquer », prévoit Nancy.

Les deux femmes s’entendent pour dire que l’arrivée de River n’a pas engendré de friction du côté de leur vie de couple ou de leur vie sociale. « On était déjà rendues dans une période où on sortait moins. On faisait plutôt des bouffes chez des amis, par exemple. Quand River est arrivé, on a continué à faire pas mal la même chose. En fait, on l’emmène partout. Sinon, il y a tellement de gens prêts à le garder qu’on peut facilement prendre du temps pour nous deux », explique le couple avec enthousiasme, tout en reconnaissant qu’elles ont fait le choix d’avoir un seul enfant, entre autres pour préserver leur style de vie.

Finalement, la famille s’en sort très bien. Parfois, il y a des gens curieux ou un peu surpris, mais Linda et Nancy n’ont jamais vécu d’accrochages majeurs. Elles se présentent « comme si c’était normal », assurant que tant qu’elles ne se butent pas, elles poursuivent leur chemin. C’est du moins ce qu’elles ont fait en allant visiter la future école primaire de River, qui les a d’ailleurs très bien accueillies. Pourtant, elles savent que la réalité de la cour d’école est parfois éprouvante pour les enfants. « Je n’ai pas peur pour le moment. Peut-être suis-je naïve, je ne sais pas… Mais j’ose espérer que le temps venu, on saura quoi faire, comment l’outiller, lui, pour passer à travers les écueils », explique Linda.

D’ici là, le jeune River, passionné par Scooby Doo, a encore tout un été pour s’amuser à essayer d’habiller les deux chats de la maison, Joséphine et Philémon.

Crédits photo: César Ochoa.

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